La cinquième édition du Rock The Lakes Festival s’est tenue du 14 au 16 août 2026, à Cudrefin pour la troisième année consécutive depuis son déménagement de Vallamand.
Cudrefin est un charmant village vaudois niché au bord du lac de Neuchâtel qui compte un peu moins de 2 000 habitants à l’année. La population locale est habituée de longue date à voir son nombre doubler durant la saison estivale grâce à son camping très prisé de nos amis d’outre-sarine, mais depuis 2023, il faut désormais compter aussi avec les milliers de festivaliers du Rock The Lakes, venus de toute la Suisse et même de l’étranger.
2026, c’est l’été de la canicule. La journée de vendredi commence donc, sans surprise, sous un soleil de plomb. Les chanceux qui finissent suffisamment tôt le travail (et ceux qui ont pu se tirer en douce) sont déjà sur place pour le premier concert de 14 heures, avec le set d’A Small District, le groupe bernois qui a gagné sa place grâce au tremplin Hellevetia mis en place cette année. Un bon moyen d’assurer la relève et de permettre à des groupes locaux d’avoir accès à une grande scène. Rien que ce vendredi, il y a d’ailleurs trois groupes suisses à l’affiche, signe de la qualité de la scène helvétique et de l’importance qu’y accorde le festival. Les premiers festivaliers cherchent plus une place à l’ombre qu’à en découdre dans le pit, mais bien entendu A Small District a embarqué ses fans qui ne se font pas prier pour déclencher le premier circle pit du weekend, faisant décoller un nuage de poussière de terre qui va s’incruster partout durant trois jours.
Avec deux mainstages côte à côte depuis le déménagement à Cudrefin, pas besoin de se déplacer beaucoup pour passer au deuxième concert du jour. Et pour le coup on continue avec un groupe suisse Expellow, des Zurichois qui font un hardcore teinté de punk. J’avoue honteusement que je ne connaissais pas du tout alors qu’ils sont actifs depuis plus de 15 ans et sans contestation possible, c’est une des deux excellentes surprises de la journée. Les riffs sont costauds, tout le monde a le sourire et cela déménage ! Le public ne se fait pas prier pour s’assurer que le nuage de poussière ne retombe pas.
Expellow saluera ses amis d’A Small District en leur dédicaçant un morceau, puis en invitant le public à scander Fuck Shit Up, pour lancer le morceau du même nom. Enorme prestation des Zurichois et quand on a entendu quelques jours après le concert le communiqué de presse du groupe, on comprend mieux l’intensité qu’ils ont mis dans leur set. Leur chanteuse a subi droit après le concert, leur dernier de la tournée estivale, une intervention chirurgicale pour retirer une masse de la taille d’une balle de tennis dans sa gorge. Une opération repoussée pour pouvoir jouer les dates de cet été (dont une date au Wacken quelques jours plus tôt), car les médecins ne pouvaient pas lui dire si elle pourrait rechanter ensuite. Bref, le groupe a savouré ce show comme si c’était le dernier et bonne nouvelle, l’opération s’est bien passée, Mik pourra continuer la musique ! Une autre bonne raison de profiter d’aller voir ce groupe en concert !
Pendant ce temps-là, In Flames au complet investit le petit chalet sur le côté de la Monster Stage pour la séance de dédicace mise en place par le festival. Une chouette initiative proposée par le Rock The Lakes, qui permet de se faire dédicacer un disque ou de faire un selfie avec ses musiciens préférés. A noter que les trois têtes d’affiches du weekend font partie des groupes qui se prêtent à l’exercice. Bravo à eux en cette époque de Meet & Greet hors de prix.
Manifestement très attendus par un public nombreux, les Suédois d’Allt débarquent sur la Monster Stage pour un set de metalcore progressif et très intense. Le groupe vient de sortir (enfin) son second album Ataraxia, à peine deux semaines plus tôt. A l’évidence, le chanteur Robin Malmgren a une belle voix mais il a tendance à privilégier les lignes agressives à tout bout de champs, ce qui rend la performance un peu assommante. Probablement qu’il est trop tôt dans la journée pour une telle dose d’agressivité. La foule semble sous le charme cela dit.
Parmi les groupes que l’on ne pensait pas forcément revoir un jour, il y a Kittie. Les quatre musiciennes avaient disparu des radars après avoir fait sensation au début des années 2000, une époque où elles étaient omniprésentes sur MTV et dans la presse spécialisée. Elles sont en tournée en Europe au mois d’août et c’est l’occasion d’aller voir un des premiers groupes 100% féminin qui jouait un nu metal alors dans l’air du temps. La foule réserve un bel accueil à cette formation canadienne qui a rappelé pas mal de souvenirs à une bonne partie du public. La température est à son pic à ce moment-là et cela se ressent quand même sur la réaction du public qui après avoir donné pas mal d’énergie sur les premiers concerts commence à s’économiser un peu en vue du reste de la soirée.
La Monster Stage accueillait ensuite un groupe que le patron du festival nous confiait dans le pit être très content d’avoir au Rock The Lakes. Fu Manchu, dont le style de musique assez inimitable ne ressemble à aucun autre groupe à l’affiche ce weekend : du stoner rock un peu psychédélique. Dans un sens cela fait du bien car cela fait déjà plus de trois heures que l’on se fait démonter les cages auditives par des musiciens en mode pas de prisonniers, mais d’un autre c’est aussi un peu trop tranquille et un peu décousu. C’est un peu le principe de ces affiches de festival metal qui mélangent différents style. Il en faut pour tout le monde et quand ce n’est pas trop ton truc, et bien tu peux en profiter pour aller manger (autre chose que la terre) dans les stands qui sont vraiment pas mal cette année, notamment un burger délicieux au doux nom de Young Angus.
Chaque jour contient son lot de thrash et ce vendredi, il revient à Overkill d’entretenir la flamme. Pionnier de la catégorie, Overkill compte bientôt 50 ans de services au service du thrash et une vingtaine d’album studios, de quoi proposer une setlist hyper carré pour un concert d’une heure. Bobby « Blitz » Ellsworth est en bonne forme et rappelle plusieurs fois au pubic qu’il se fait botter le cul par un papy de 65 ans (“What was the last time you got your ass kicked by grandpa ?).
La deuxième belle surprise de cette première journée (après Expellow, vous suivez ?) c’est Bleed From Within. En 2026, le groupe vient de grimper plusieurs paliers et nous a sorti une prestation assez incroyable. Le son est massif et tu as l’impression que la scène peut décoller à tout instant. Le chanteur Scott Kennedy aborde un immense sourire et tu sens vraiment qu’il profite de chaque seconde sur scène avec le groupe. A peine le premier morceau terminé qu’il descend dans la fosse pour faire des checks et même des selfies avec les crowdsurfeurs, qui ne se faisaient déjà pas prier avant cela. A l’inverse, le soleil commence à perdre enfin en intensité (contrairement au groupe) et cela profite à l’ambiance générale avec un public très réceptif à la prestation des Ecossais.
Bleed From Within est le premier groupe à étrenner les énormes panneaux LED à l’arrière de la scène, avec des animations numériques, mais cela reste timide. Le chanteur continuera à donner de sa personne tout du long du concert, se retrouvant même à genoux sur la foule pour un morceau (sachant qu’il était en kilt, fallait vouloir). Le groupe sera de retour en Suisse l’an prochain, en ouverture de Five Finger Death Punch et clairement, on vous invite à ne pas manquer ce concert !
Troisième groupe suisse de la journée à jouer au Rock The Lakes, les bernois de Breakdown Of Sanity ont même droit à une place de choix avec le créneau 20.45 heures – 21.45 heures. Sur l’Iceberg Stage recouverte de fumée artificielle pour l’occasion, c’est une déferlante de metalcore qui nous prend à la gorge. Pas question de souffrir la comparaison avec un slot entre Bleed From Within et In Flames, donc ils choisissent d’envoyer tout ce qu’ils ont. Difficile d’imaginer qu’ils reviennent après une longue pause, cela ne s’est pas vu.
Annoncé en primeur l’an passé sur scène par Daniel Botteron, In Flames était le premier groupe confirmé de cette édition 2026, autant dire que l’attente a été longue avant de voir les Suédois à Cudrefin. La Monster Stage est désormais revêtue d’une imposante structure pour accueillir la production de la tête d’affiche (sans comparaison avec le dénuement total avec lequel Breakdown of Sanity vient de se produire sur la scène voisine). Les t-shirts ne laissent planer aucun doute, les légendes du death mélodique sont la raison de la présence de la plupart des festivaliers. In Flames, c’est quand même 35 ans de carrière, quatorze albums studios et une réputation sur scène irréprochable. Ce qui m’étonne toujours avec In Flames, c’est qu’ils n’hésitent pas à jouer des morceaux aussi légendaires que Cloud Connected par exemple pendant le set principal, ce qui témoigne de la richesse de leur répertoire. La performance est solide même s’il y a quelques ratés comme justement Cloud Connected qui doit être redémarée après l’intro ou encore la voix d’Anders qui semble un peu usée par moment (c’était le 22ème concert de la tournée estivale). La setlist met la plupart des albums en valeur dont l’excellent Foregone avec Meet Your Maker notamment, mais malheureusement pas d’extrait du prochain disque (dont l’enregistrement serait parait-il terminé). Un show d’In Flames, c’est aussi l’occasion de rendre hommage à l’équipe des crash qui a assuré la sécurité des festivaliers adeptes du crowdsurfing, car ils n’ont pas chômé pendant ces 90 minutes. Anders le reconnaîtra indirectement en invitant le public à slammer et à donner du job à la sécurité. Le moment fort de ce set pour ma part c’est Artifacts of The Black Rain qui nous ramène 30 ans en arrière.
Les plus courageux sont toujours debouts pour les riffs tribaux de Soulfly, le projet de Max Cavalera qui est devenu son groupe principal après son départ de Sepultura. Une affaire de famille aussi puisque le poste de batteur est occupé par son fils Zyon dans Soulfly. Le groupe tourne lui aussi de manière intense cet été avec une tournée européenne qui ne compte pas beaucoup de days off. Mais malgré l’horaire tardif, Max attaque le set sans montrer le moindre signe de fatigue. Physiquement dans sa meilleure forme depuis des années, le gaillard distille son groove metal avec générosité jusqu’à une heure du matin laissant les festivaliers rompus mais heureux après cette première journée qui a répondu à toutes les attentes.