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ROCK THE LAKES FESTIVAL 2026 – Samedi

Compte-rendu de la journée du samedi 15 août 2026


La poussière de la première journée était à peine retombée sur le site de Cudrefin que les concerts reprenaient déjà ce samedi sur le coup de midi. Et quelle meilleure façon de lancer les hostilités qu’avec Uncircle ? Le groupe valaisan, repêché suite à sa participation au tremplin Hellvetia pour pallier l’annulation de la tournée de Panchabhuta, avait à cœur de prouver que sa présence était largement méritée. Pari réussi : avec un son massif et une belle énergie, les Valaisans ont envoyé du lourd dès les premières notes. Uncircle, c’est carré ! Grâce à eux, le camping est définitivement réveillé et la journée peut ainsi débuter.

L’avantage de jouer presque à domicile, c’est de pouvoir compter sur la présence des copains dans la fosse, mais aussi sur scène. Uncircle avait ainsi invité CK Smile, le chanteur de Chaoseum, à les rejoindre pour partager un titre à deux voix. Florian a également profité de l’occasion pour annoncer que le groupe venait d’enregistrer de nouveaux morceaux, que l’on se réjouit de découvrir prochainement en version studio.

Avec 13 groupes à l’affiche de cette seconde journée, le temps est compté et tout s’enchaîne à un rythme soutenu, ne laissant que quelques minutes de répit pour les oreilles. À peine Uncircle a-t-il quitté la scène qu’il faut déjà filer assister à la prestation d’Alchemists, vainqueurs du tremplin au Sunset Bar de Martigny. Après une introduction signée John Williams, venue remplacer leur traditionnelle intro de Mylène Farmer, nous avons eu droit à un set ultra costaud en plein cagnard. Une chaleur étouffante qui n’a découragé personne, le chanteur allant même jusqu’à payer de sa personne en descendant directement dans la fosse pour animer un circle pit durant lequel il aura probablement avalé sa dose annuelle de poussière.

Le prix du courage est quant à lui attribué aujourd’hui à Scare the Children. Originaire de Pékin, cette formation d’horror metal n’a pas ménagé ses efforts sous une chaleur écrasante. Le groupe arrive en effet lourdement déguisé (pardon « costumé ») sur scène, un visuel saisissant qui n’a en rien freiné l’énergie du chanteur. Ce dernier a multiplié les allers-retours d’un bout à l’autre du plateau devant un public particulièrement réceptif. On croise beaucoup d’enfants (c’est gratuit pour eux !) ce samedi qui semblent apprécier ce spectacle qui sort de l’ordinaire et en aucun cas ils ne semblaient effrayés. Le chanteur est à l’évidence francophone car il s’adresse au public dans la langue locale, ce qui permet à une communication aisée.

Le second groupe à jouer sur la deuxième scène, c’est Elwood Stray, des musiciens venus d’Allemagne. Le chanteur débarque avec une veste et un pantalon, un choix assez étonnant vu la météo, mais ça ne les empêche pas non plus de bouger pour autant. D’après le programme, c’est du post-hardcore, mais ça ressemble plutôt à du metalcore à mon avis. Ça emporte assez facilement l’adhésion d’une bonne partie du public. Pour ma part, j’avoue que j’ai de la peine à distinguer les morceaux et que ce n’est pas vraiment mon style de musique.

Ça fait du bien ensuite de passer à Revocation, un groupe de thrash metal originaire de Boston. C’est hyper soigné, leur guitariste est juste prodigieux et fait des riffs qui tapent à mort. Vocalement, c’est un peu plus limité et le son n’est pas dingue sur les premiers morceaux, mais c’est vite corrigé et tous ceux qui aiment les six cordes ont de la peine à décoller leurs yeux du spectacle offert. Le groupe rappelle qu’il a sorti un album l’année passée (« New Gods, New Masters ») avant de nous jouer un extrait. Le set de 45 minutes s’achève sur le classique Bound by Desire. Belle prestation d’un groupe qui se disait content de fêter son 20e anniversaire sur scène avec le public.

Découverte ensuite sur l’Iceberg Stage avec Hokka, un groupe finlandais dont j’ignorais l’existence avant aujourd’hui. Le chanteur, Joel Hokka — lui-même l’un des deux anciens chanteurs de Blind Channel —, arrive avec une cape, décidément tout le monde fait des choix vestimentaires curieux aujourd’hui. Parmi les musiciens qui l’entourent, on reconnaît notamment le guitariste Pauli Rantasalmi, ancien membre de The Rasmus. Le chanteur confie que le groupe avait décidé de faire de la musique pour partir d’Helsinki et chercher un peu de chaleur. Je crois qu’ils ont été exaucés bien au-delà de leurs vœux

Joel parle quelques mots de français lorsqu’il faut encourager le public à chanter avec (« allez, tout le monde »). Musicalement, ça reste assez proche de l’univers des groupes auxquels les musiciens appartenaient avant de démarrer Hokka. C’est très mélodique, sans être trop original non plus, mais la foule devant l’Iceberg stage n’en perd pas une miette.

Le set se termine avec Darkness, avant la traditionnelle photo avec le public. Scène assez cocasse, puisqu’ils nous passent Angels de Robbie Williams pendant que le groupe se positionne face à la batterie, et nous invite à chanter les paroles avec Robbie. Dans un festival metal, il fallait oser, ils l’ont fait.

On retrouve ensuite les Français de Ten56, emmenés par Aaron Matts (ex-Betraying the Martyrs). Un groupe que j’avais déjà vu aux Docks en 2025 dans le cadre du warm-up du Hellfest. Sans surprise, c’est hyper pointu et vocalement surpuissant. Aaron ne parle pas aussi bien français qu’on pourrait le croire. Il habite à Paris depuis un paquet d’années, mais il préfère s’exprimer en anglais. Il nous explique avec ses mots que le groupe était en Allemagne la veille et qu’ils sont un peu malades. Bref, c’est compliqué pour eux, mais ils vont donner ce qu’ils ont et, clairement, ils auront beaucoup donné. 

Avant le prochain groupe, une file monstrueuse est déjà en train de se dessiner à côté de la grande scène. Ce sont les gens qui attendent de rencontrer Arch Enemy, qui est prévu à la prochaine signing session. Clairement, les gens sont venus pour les voir eux aujourd’hui.

Après Scare The Children, la journée déguisement continue avec cette fois-ci Mushroomhead. Les six musiciens sur scène ont tous des masques, alors que la chanteuse est visiblement dispensée. Les deux batteurs partagent la section rythmique avec des percussions positionnées sur l’avant de la scène. Musicalement, ce n’est pas hyper novateur, mais c’est ultra efficace. Le public adore. Pendant le set, on reconnaît des paroles de When Doves Cry de Prince, une reprise venue de nulle part. Dès le deuxième morceau, l’un des chanteurs est déjà couché sur la foule. Il est suivi peu après par la chanteuse, qui vient marcher sur les premiers rangs. Un show hyper spectaculaire qui a également enthousiasmé tous les enfants présents. Le nombre de personnes à faire du crowdsurfing pendant leur prestation est juste incroyable : tout le monde y est passé ! Quand je dis tout le monde, ça inclut Jésus, qui pardonnera aux mécréants que nous sommes de l’avoir porté vers la sortie de la fosse (au moins il n’a pas fini cloué sur une croix cette fois). Autre victime, tout aussi volontaire : le brave bénévole qui distribuait de l’eau avec une bonbonne attachée sur son dos. Le sourire aux lèvres, il a été porté tout en continuant d’asperger la foule, qui n’en demandait pas moins. Un gros moment de bonne humeur pour tout le monde. Spéciale dédicace également à notre ami Thierry, connu comme « le diable » depuis de nombreuses éditions du Greenfield Festival. Pour son premier Rock The Lakes, comme d’habitude, il n’est pas passé inaperçu. Santé Thierry et à bientôt ! L’histoire ne dit pas s’il a croisé Jésus dans le pit. Mais si c’est le cas, j’aimerais bien savoir ce qu’ils ont pu se raconter.

Place ensuite aux patrons du thrash avec les Suisses de Coroner. Nous avions déjà eu le plaisir de les voir au Rock The Lakes Festival en 2022, lors de la toute première édition à Vallamand. Depuis, ils ont enfin sorti un nouvel album après une attente de plus de trente ans. Avec déjà un bon nombre de concerts dans les jambes, les nouveaux morceaux sont bien en place. Autant le groupe est un peu monolithique sur scène — on parle d’un thrash metal ultra technique, ceci explique cela —, autant le son est exceptionnel. Tommy Vetterli est à l’évidence un guitariste hors pair. Un peu comme son collègue de Revocation quelques heures plus tôt, c’est un véritable déluge de riffs qui t’assomme. Le chanteur fait l’effort de s’adresser en français au public : « Vous connaissez notre nouvel album ? Vous l’aimez ? », nous demande-t’il. Mon moment préféré c’est d’entendre Grin (Nails Hurt) en live. Ron présentera également le groupe, même si, bien entendu, tout le monde connaît les musiciens.

On retrouve ensuite Clawfinger, de retour également au Rock The Lakes après leur prestation de 2022. Avec les Suédois, c’est l’assurance de passer un bon moment. Évidemment, leur pic musical est loin derrière avec des tubes au début des années 90, mais ça reste des mecs incroyablement drôles et avec un catalogue de titres qui mettent l’ambiance. Le chanteur Zak fait le malin en arrivant sur scène, demandant qui était là en 2023 tout en soulignant que le nouveau site est bien plus grand et que le festival a eu raison de déménager. Il oublie juste  que leur passage à Vallamand c’était en 2022 pour la toute première édition. Évidemment, c’est aujourd’hui bien plus grand pour cette cinquième édition du Rock The Lakes, et la double main stage n’a vraiment rien à voir avec la scène unique de l’époque.

Ce qui est bien avec Clawfinger, c’est leur capacité à l’autodérision. Le groupe adore se moquer de lui-même et ça rend toujours leur show vraiment sympa. Ils ont notamment annoncé qu’après 19 ans d’attente, ils venaient enfin de sortir un nouveau disque, faisant pire que Guns N’ Roses et le fameux Chinese Democracy. Cela dit, on a envie de dire à Zak qu’il aurait peut-être dû discuter un peu avec Coroner en backstage, parce qu’eux ont mis 32 ans ans à sortir le leur (Dissonance Theory, 2025, un disque que l’on vous recommande sans hésiter) !

Le groupe est également bien conscient que la grande majorité du public est là pour Arch Enemy et qu meux sont juste là pour les faire attendre. Mais ils s’en amusent (« Hello Arch Enemy fans ! »). Zakk demande également aux fans de faire attention à eux en rigolant, précisant qu’ils ont besoin de tous les fans qu’ils peuvent avoir.

Juste avant le final, il nous explique en toute transparence le principe du rappel : c’est censé être la dernière chanson, mais en fait non, ils vont juste aller se cacher derrière la scène et revenir dès qu’on fera assez de bruit. Même si ce sont des rigolos, ce sont quand même de très bons musiciens avec un rappel bien costaud. Il comprend notamment The Truth, le tube oldie but goldie de 1993 qui les a fait découvrir, avant un tout dernier titre marqué par la présence de plusieurs enfants sur scène. Clawfinger tourné vers le futur et des enfants d’accord de faire n’importe quoi à condition d’éviter la rentrée scolaire de lundi.

C’est vraiment la formation la plus attendue de ces trois jours : le venue des Suédois d’Arch Enemy. On peut aisment imaginer les quelques sueurs froides de l’organisation en fin d’année dernière lorsqu’ils ont vu le groupe annoncer le départ de sa chanteuse emblématique, Alissa White-Gluz.

Heureusement, une remplaçante a vite été annoncée : Lauren hart, la chanteuse de Once Human. Depuis, le groupe a déjà sorti un nouveau titre avec elle et aligné quelques concerts avant de débarquer à Cudrefin. A première vue, c’est un remplacement qui s’est bien passé-. Le titre mis en ligne, To The Last Breath avait montré qu’elle évolue dans un registre parfaitement en phase avec ce que fait Arch Enemy. Les quelques images et vidéos aperçues sur les réseaux sociaux montraient aussi qu’elle semblait  avoir du métier et les épaules pour reprendre le poste de chanteuse auprès des suédois.

Déjà pendant la fin du concert de Clawfinger, il y a eu un clair mouvement latéral de droite à gauche, avec un public qui s’est déplacé pour se positionner face à la scène d’Arch Enemy. La Monster Stage était recouverte d’un énorme drapeau Pure Fucking Metal. Pendant que l’on profitait de l’habituel Ace of Spades dans la sono. L’ambiance, la ferveur et l’attente étaient palpables. Lorsque le set a démarré et que le rideau est tombé, le groupe a pu découvrir que le devant de la scène était noir de monde.

Les premiers titres s’enchaînent et le son est majestueux, avec quand même la basse un peu forte dans le mix. Les guitares restent, selon moi, l’arme maîtresse d’Arch Enemy : leur son est tout simplement incroyable. Michael Amott tient la baraque, et Joey Concepcion, le remplaçant de Jeff Loomis depuis 2023, n’a pas grand-chose à lui envier sur le plan technique.

La pyrotechnie qui démarre au deuxième titre est relativement timide. Il faut dire qu’avec la chaleur écrasante de la journée et le fait que tout soit sec à plusieurs kilomètres à la ronde, on ne va pas leur en vouloir de jouer la prudence.

La setlist ne contient que des classiques. Ça commence avec Yesterday Is Dead and Gone, puis The World Is Yours, avant d’enchaîner sur War Eternal. Quelques titres plus tard, Lauren profite pour se présenter — même si, à voir le nombre de t-shirts du groupe dans la foule, il semble peu probable qu’une grande partie du public ne la connaisse pas, mais pourquoi pas. Le groupe enchaîne ensuite avec le titre qu’ils ont écrit avec elle, To The Last Breath.

Ma partie préférée du concert, c’est quand le groupe lâche The Eagle Flies Alone, puis un Bury Me an Angel, présentée sur scène comme la toute première chanson jamais écrite par Michael Amott pour Arch Enemy, qui déclenche un fou rire à Lauren sans qu’on ne comprenne vraiment pourquoi. Et enfin un No Gods, No Masters juste phénoménal.

Après 70 minutes, le set principal se termine sur We Will Rise, et met tout le monde d’accord. Les écrans LED, la nouveauté de cette 5e édition du festival, apportent vraiment un plus : ils mettent parfaitement en valeur la production scénique du groupe et exploitent le visuel au maximum. Des flocons apparaissent justement sur les écrans LED, annonçant ainsi Snow Bound pour débuter le rappel. Ce morceau permet aux deux guitaristes de briller sur cette partie instrumentale, tout en ralentissant un temps le rythme … uniquement pour mieux le réaccélérer juste après.

S’il y avait bien un titre pour tout défoncer et mettre un terme à ce concert, c’est bien Nemesis. C’est un véritable classique du répertoire des Suédois qui nous laisse sans voix, alors qu’un lâcher de ballons géants aux couleurs d’Arch Enemy se déverse sur la foule. Le groupe revient ensuite pour remercier assez longuement son public. Ils semblent ravis de leur prestation : Cela tombe bien nous aussi dans la fosse, on est conquis !

Les plus courageux restent encore pour le 13e concert de la journée avec la venue des Allemands de Lord of the Lost. Le groupe de Chris Harms officie dans un registre assez different des Suédois, mais la qualité de sa trilogie d’albums OPVS NOIR est indéniable. L’éclairage n’a malheureusement rien à voir avec celui de la scène d’Arch Enemy. Heureusement que le groupe avait communiqué sur les récents changements au sein de l’effectif, car il était bien difficile de s’apercevoir que plusieurs musiciens avaient été remplacés — notamment Pi Stoffers à la guitare, cédant désormais sa place à Benjamin Mundigler.

Malheureusement, et bien évidemment sans les nombreux invités présents sur cette trilogie, le groupe joue tout de même quelques extraits — notamment I Hate People, qui réussit à tenir éveillés les festivaliers encore un moment. Il fallait clairement rester jusqu’au bout : cette journée de samedi était tout simplement incroyable.

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