Deux ans après sa venue triomphale dans la même salle à l’occasion de la sortie de « Romance », Fontaines D.C. était de retour aux Docks pour un double concert dont les places se sont arrachées en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire (nous étions présents au second). C’était une chance incroyable de voir les Irlandais dans une salle aux dimensions intimistes, eux qui sont désormais habitués à fouler les scènes d’arenas et grands festivals. Double chance en fait, car à la suite du décès subit de Trevor Dietz, ami et manager du groupe, Fontaines D.C. a failli annuler sa tournée. En ouverture, Leftovers, quatuor autrichien distillant du post-punk et grunge allumait la mèche de cette soirée explosive.
Un EP, trois albums à son actif et le quatrième sur le point de paraître (« Schau Nicht So », Phat Penguin Records), la bande des quatre viennoise est bien aguerrie. Leftovers propose des textes très engagés (antifa, Palestine, harcèlement sexuel…) soutenus par une musique énergique et nerveuse issue du post-punk et du grunge aux accents de Pixies et Nirvana. Le groupe aborde des thèmes divers comme la critique sociale mais aussi l’amour, la folie et la célébration de la vie, le tout dans la langue de Goethe (ou Rammstein). Point d’orgue de leur prestation, une volée de doigts d’honneur repris par la salle pour dénoncer les puissants de ce monde responsables des atrocités actuelles et ponctuée par leur titre choc, ‘Fick Dich’. On a bien aimé l’accrocheur ‘Absturz’, le festif et entraînant ‘zwei bier (la la la)’ à la basse bondissante comme The Cure. A noter encore la surprenante et très réussie reprise de ‘Marmelade und Himbeereis’ de Grauzone, groupe du début de carrière de Stephan Eicher et de son frère Martin.
Fontaines D.C. a connu une ascension fulgurante ces dernières années, très populaire auprès des jeunes générations mais pas seulement. Sa fougue, sa générosité, son insolence et son romantisme tout irlandais séduisent aussi les vieux crabes comme votre serviteur. Si les premiers brûlots étaient souvent marqués par une concision et une nervosité post-punk, les suivants ont évolué en empruntant à d’autres styles comme le rock indie, voire la pop rock aux touches electro ou même RnB. L’ensemble est porté par le charismatique Grian Chatten au chant soyeux rappelant Steve Kilbey (The Church) ou Guy Chadwick (The House of Love). Le nouvel opus est dans le tube, « Dopamine Chamber » (XL Recordings) – dont on a pu entendre deux titres prometteurs en live (‘Marianne’ et ‘Six Shot Morning’). Il sortira en octobre prochain.
La setlist est la même sur toute la tournée estivale du groupe, seul petit changement entre les deux dates lausannoises, l’inversion des deux premiers titres (‘Here’s the Thing’ et ‘Boys in the Better Land’). Outre les deux petites nouvelles, les chansons sont issues des quatre albums de Fontaines D.C., l’accent étant mis sur « Romance » (7 titres) paru en 2024 (XL Recordings). Début de concert très tonique, Grian arpentant la scène avec des lunettes de soleil sombres (qu’il abandonnera dès le titre suivant) et allant presqu’au contact des fans déchaînés. La voix de Grian s’adapte à tous les styles : post-punk et rock pêchu (‘Boys in the Better Land’, ‘Big’, ‘Hurricane Laughter’), rock indie (‘Jackie Down the Line’, ‘Roman Holiday’, ‘Bug’, ‘Roy’s Tune’), comme aux titres plus délicats (‘It’s Amazing to Be Young’, ‘Big Shot’, ‘Before You I Just Forget’, ‘In the Modern World’).
Une ovation d’une intensité rare par des fans ravis salue la prestation des Irlandais qui reviennent pour trois rappels dont le sublime ‘I Love You’ repris en chœur par toute la salle. Encore une soirée d’anthologie inoubliable à mettre au crédit de la magie des Docks.
Texte et photos : Jean-Blaise ‘jb’ Betrisey