Un nouvel album pêchu sous le bras sorti en juin dernier (Frisson Noir, earMUSIC), Tarja venait chauffer les planches de la Z7 – salle qu’elle affectionne particulièrement a-t-elle confié au public lors du concert -pour l’unique date suisse de la tournée « Frisson Live 2026 ». La foule des grands soirs était au rendez-vous de bonne heure, The Skys et Symphonity lançant la soirée avant le récital de la soprano finlandaise.
Quelle belle surprise de voir (enfin) The Skys en concert, groupe de rock progressif lituanien très rare sur scène dans nos contrées. Fondé au tournant des années 1990/2000, The Skys a égrené ses beaux albums en toute confidentialité… et c’est bien dommage car ses musiciens proposent un style musical séduisant, mélodique, émouvant, parfois planant, qui rappelle la musique de Pink Floyd ou RPWL, autre groupe de rock progressif originaire de Freising (Munich). Jonas Čiurlionis (guitare et chant) a d’emblée envoûté le public avec ses riffs aériens. Une magnifique ovation a salué la prestation (un peu courte, 30 minutes) de The Skys laissant Jonas et ses musiciens émus et reconnaissants.
Symphonity était le deuxième groupe à se produire. La formation tchèque a récemment connu un changement de personnel avec la venue d’une chanteuse, Lucie Červenková Mlynářová. Symphonity propose du metal symphonique et du power metal avec des envolées lyriques. On doit avouer que l’on n’est pas trop emballé, le tempo bourrin de la batterie couplé à la rythmique basique de la guitare douchant notre curiosité. A relever toutefois une intéressante et surprenante reprise de Nena, « Irgendwie, irgendwo, irgendwann » qui a réjoui la Z7.
On l’a dit, Frisson Noir, le dernier opus de Tarja, est plutôt musclé sans oublier pour autant le sens de la mélodie et du lyrisme. Les fans avaient donc hâte d’en découvrir les nouveaux titres en concert aux côtés d’autres pépites du répertoire de la belle (pas – plus – de titres de sa période Nightwish dans la setlist). Le concert débute avec le titre éponyme, ‘Frisson Noir’ : salle dans une semi-obscurité, premières notes au piano tandis que les musiciens entrent en scène et prennent place, le son qui enfle avant le riff d’entrée et le martèlement de la batterie. Tarja souriante et rayonnante arrive sur scène vêtue d’une longue robe sombre et d’un léger châle qui lui coiffe les cheveux… la classe, comme d’habitude.
La lave sous la glace, le metal et les ballades, ces univers sont toujours entremêlés dans la musique de Tarja, sans oublier son penchant pour la musique classique et lyrique. ‘At Sea’, le bijou de 10 minutes du dernier album en est le parfait exemple. Inspiré de « La Mer » de Claude Debussy, ce titre épique associe avec bonheur musique lyrique et metal symphonique. Quant aux paroles, la mer et ses mouvements parfois violents sont la métaphore de l’âme humaine, complexe. Un très grand moment en concert, des musiciens et une chanteuse en état de grâce.
En milieu de concert, une judicieuse respiration acoustique avec les artistes qui viennent sur le devant de la scène, prenant place sur des chaises en face du public. Un medley bien senti, délicat mais pas mielleux, charmera les fans : ‘Boy and the Ghost’, ‘Montañas de Silencio’, ‘Calling Grace’, ‘The Living End’ et ‘Underneath’ en version écourtée et subtilement enchaînés sont une vraie réussite. Reprise des hostilités avec l’énergique ‘Ciarán’s Well’ et fin de set avec le dernier single, ‘I Don’t Care’.
Retour triomphal bien mérité pour quatre rappels avec l’imparable ‘Dead Promises’, le mélodique ‘The Trace Outlives’ du dernier album, le légendaire ‘Until My Last Breath’ et cerise sur le gâteau avec ‘Against The Odds’, peut-être la chanson la plus personnelle de Tarja qui remerciera chaleureusement et avec émotion les fans pour leur soutien indéfectible depuis ses débuts en solo, dans les bons moments comme dans les heures sombres.
Une belle dame, une grande âme et une artiste au talent fou.
Texte et photos : Jean-Blaise ‘jb’ Betrisey