Quand je pense à la musique pop d’inspiration extrême-orientale, ce sont tout d’abord les Beatles qui me viennent à l’esprit. Les mop-tops avaient notamment utilisé le sitar et le tabla sur leur album « Rubber Soul » (1965). Le fait que ces messieurs n’aient pas trouvé leur place sur le coffret 3 CD « A Strange Light From The East : Eastern Influenced Western Music 1965–72 » est vraisemblablement liés à des questions de droit.
Ce n’est pas dramatique pour autant, après tout les Beatles sont suffisamment connus. Ce qui est moins le cas de groupes comme The Cyrkle, Blossom Toes, The West Coast Pop Art Experimental Band, les Fugs, The Misty Wizards, Tales Of Justine, The Fox, The 40 Watt Banana (quel nom !!!) ou du folkeux britannique Bert Jansch. C’est ce dernier qui ouvre cette compilation forte de 58 titres.
Les auteurs de la compilation ont procédé de manière chronologique. Avec les Beatles, Jansch semble en effet avoir été l’un des premiers à intégrer des éléments orientaux dans sa musique. Son morceau instrumental « Anji » date lui aussi de 1965. Les éléments orientaux y sont mélangés à des genres comme le blues, le bubblegum, le rock progressif, le proto-punk, le psychédélisme, le folk, la world music ou tout simplement la pop. Mais la touche orientale reste souvent de l’ordre de l’ornement / du rafistolage. Tous ne laissent pas l’Orient imprégner leur son avec la même intensité. Certains vont un peu plus loin que d’autres, comme Elmer Gantry’s Velvet Opera, Big Jim Sullivan, Kaleidoscope, John Renbourn, Meic Stevens, The Ceyleib People, The Nirvana Sitar & String Group ou The Yardbirds With Jimmy Page.
Le célèbre musicien du studio Sullivan a paré « She’s Leaving Home » des Beatles (tiré de l’album « Sitar A Gogo ») d’un habit de sitar. Dans le morceau instrumental des Yardbirds « White Summer », Jimmy Page fait sonner sa guitare comme un sitar, sur un fond rythmique de tablas. Et Kaleidoscope intègre même un chant oriental dans « Egyptian Garden ». L’approche de la troupe comique The Fugs avec « Hare Krishna » est en revanche plutôt humoristique, voire satirique. Les Hubble ne sont pas non plus à prendre tout à fait au sérieux avec leur titre « Hippy Dippy Funky Monkey Double Bubble Sitar Man ».
Les proto-punks The Stooges se sont eux aussi aventurés en 1969 dans des sphères orientales avec « We Will Fall », long de 10 minutes. Extrêmement méditatif pour eux (: Et Ananda Shankar (neveu de Ravi Shankar) fait le chemin inverse avec sa reprise par moments éthérée de « Jumpin’ Jack Flash » des Stones. Remarquable également, « Love Buzz » de Shocking Blue (repris par Nirvana), qui mêle influences orientales, psychédélisme et hard rock.
Quiconque possède une certaine ouverture musicale sera plus que comblé avec « A Strange Light From The East : Eastern Influenced Western Music 1965–72 ».