Après deux premières journées très marquées par les groupes issus de la scène suédoise — à commencer par les têtes d’affiche In Flames et Arch Enemy —, ce dimanche venait placer la conclusion du festival sous la bannière d’un tout autre géant européen. C’est en effet Powerwolf, mastodonte allemand du power metal théâtral, qui était convié pour reprendre le flambeau.
Sous des températures à peine plus clémentes que la veille, le public s’est rassemblé encore une fois en masse à Cudrefin pour une troisième journée d’une densité tout aussi exceptionnelle, rythmée par neuf prestations en alternance entre les deux mainstages.
A force, le festivalier du Rock The Lakes va finir par être matinal avec une ouverture des portes dès midi et un premier groupe déjà sur scène trente minute plus tard. Pour ouvrir le bal sur la Monster Stage, les Suisses de Royal Desolation, une des formations à avoir gagné sa place grâce au tremplin Hellvetia, ont su imposer leur death teinté de metalcore (ou l’inverse selon votre choix) avec des sonorités très eighties par moment (bien qu’ils jouaient sans synthé). Le chanteur est arrivé sur scène avec un masque, qu’il a rapidement enlevé après le premier morceau. Voix puissante et bons riffs, voilà la bonne recette pour nous convaincre de retarder notre (premier) passage aux stands de nourriture. Encore une fois, je me retrouve surpris par la qualité de ce groupe suisse qui n’a pas grand chose à envier à des formations plus connues. Et si vous aviez trop chaud, Raphael Schenk, le chanteur, avait tout prévu, il avait amené sa propre bonbonne à eau pour gicler la foule et rafraîchir ainsi les premiers rangs.
Les Britanniques de Saint Agnes ont ensuite pris d’assaut l’Iceberg Stage avec leur mélange explosif de garage-rock, d’indus et de punk hargneux. La chanteuse Kitty A. Austen a livré une prestation littéralement survoltée et habitée. Face à la chaleur écrasante du début d’après-midi mais aussi à l’intensité de son jeu, elle a rapidement tombé sa veste en plein set pour poursuivre ce concert pieds au plancher. Même lorsqu’un problème technique de guitare est venu perturber le fil du show, la formation ne s’est pas déstabilisée : le groupe a géré l’imprévu avec un flegme et une poigne remarquables, transformant cet incident en un supplément d’agressivité qui a totalement conquis le public.
De loin, ils ont l’air d’appartenir à un gang violent, mais leur seule arme c’est une rage qu’ils libèrent avec intensité, pas question de les confondre avec la martyre du même nom.
Comme quoi, il faut réfléchir un peu quand on nomme un groupe whatsapp entre amis, cela peut finir par devenir le nom de la formation. C’est ce qui s’est produit pour Future Palace, formé à Berlin il y a bientôt 8 ans. La formation post-hardcore a livré une prestation remarquable. Le trio remplit bien l’espace alors qu’il joue sans bassiste. Quelques voix préenregistrées permettent à la chanteuse de s’appuyer dessus pour ajouter un peu de textures aux morceaux. Dès la deuxième chanson, Maria Lessing a confié au public que « I’ve had a shitty day so far », et lui a indiqué qu’elle comptait sur son énergie pour le lui faire oublier.
Portée par une communion totale avec la foule, la prestation a dépassé le cadre purement musical, Maria profitant de ses interventions entre les titres pour adresser des messages engagés contre les violences faites aux femmes et en faveur de la sensibilisation aux troubles de la santé mentale. Pour ceux qui voudraient les revoir en salle, le trio berlinois sera d’ailleurs de passage en Suisse le 13 novembre au Dynamo de Zurich.
Après deux jours pendant lesquels la Suède tenait la vedette, il était clair qu’elle n’allait pas laisser sa place sans nous faire profiter encore peu de la richesse de son patrimoine musical. Ce sont donc les Suédoises de Thundermother qui ont ensuite délivré un set à l’énergie brute et sans artifices. Au micro, on a le plaisir de revoir Linnéa Vikström — fille de Thomas Vikström, le chanteur de Therion, groupe avec lequel elle avait tourné à l’époque. Si ce n’est pas un grand écart cela… Tout le groupe joue à fond et en fait des tonnes, régalant le public. La guitariste n’attendra pas longtemps pour descendre jouer directement au milieu de la foule un solo au plus près des festivaliers.
Comme le groupe l’a annoncé directement sur scène, cette date à Cudrefin revêtait une saveur particulière puisqu’il s’agissait de l’ultime concert de leur tournée des festivals européens. Si le jeu se révélait parfois un peu brut (comprendre très approximatif) par moments, le résultat n’en demeurait pas moins gras, jouissif et exécuté avec un entrain communicatif qui fait tout le sel de ce hard rock authentique pour routiers Cela faisait aussi du bien d’avoir également un groupe qui joue de la musique moins agressive que la plupart des formations à l’affiche. En fin de set, on croit avoir reconnu une reprise de Wasted Years d’Iron Maiden, qui détonnait un peu, mais qui a été très bien accueillie, comme au final la prestation des Thundermother.
Sur la Monster Stage, les légendes polonaises du death metal technique Decapitated ont pris la suite pour imposer une violence musicale d’une précision mécanique. Les musiciens ont déroulé un mur de son d’une lourdeur colossale. La frappe chirurgicale de la batterie et la virtuosité du guitariste Vogg ont asséné une démonstration de puissance brute qui a ravi les amateurs de metal extrême. Sauf erreur, Vogg était présent quelques mois plus tôt aux cotés de Robb Flynn et du reste de Machine Head quand ils ont démonté le Fri-Son avec leur An Evening With. Le gars avait été super solide et ce dimanche, il l’est tout autant. Cela a l’air tellement facile alors qu’en même temps, cela va extrêmement vite.
Le set d’une dizaine de titres se termine avec le classique Iconoclast, déchaînant pour le coup la fosse. A croire que les festivaliers ont pris goût à manger de la poussière.
À la suite d’un ajustement d’organisation guère annoncé (sauf pour ceux qui avaient installé l’application officielle du festival), Igorrr a pris le créneau de Stick To Your Guns sur l’Iceberg Stage. Igorrr c’est un projet complètement barré. Les ovnis existent, c’en est la preuve car le groupe du français Gautier Serre est un savant mélange de différent style musicaux qui n’ont pas pour habitude de se confronter. Les morceaux passent du baroque au black metal sans prévenir, ce qui est passablement spectaculaire, mais demande en même temps une attention totale pour ne pas sortir du concert.
La chanteuse fait un parfait contrepoint aux envolées grave de Gautier. Le décor est sobre, mais les deux chanteurs ont des looks très soignés entre lentilles noires ou peinture corporelle de la même couleur. Tous les sens sont sollicités (ok peut être pas le goût). Un maelström sonore sans équivalent et d’une complexité extrême.
Entre deux concerts, le patron et fondateur du festival, Daniel Botteron, est monté sur scène pour s’adresser au public. Après avoir dressé un bilan enthousiaste de cette édition qui s’achevait avec notamment 18’000 visiteurs cette année, il a dévoilé en exclusivité les six premiers noms attendus du 20 au 22 août 2027, à Cudrefin. Le festival accueillera ainsi Halestorm, HammerFall, Prong, Shadow Of Intent et The Browning, sans oublier l’un des temps forts de cette annonce : le retour sur scène de Children of Bodom. Une première salve solide qui pose déjà les bases de la prochaine édition qui devrait compter 34 groupes (contre 31 cette année).
Juste après cette prise de parole, l’après-midi a viré à la démonstration de force avec les Américains de Stick To Your Guns. Les piliers du hardcore moderne ont délivré un set d’une brutalité sans concession. Entre messages d’unité et thématiques sociales tranchantes, le groupe a déclenché les plus gros moshpits, circle pits et mouvements de foule de toute la journée.
Comme souvent avec les groupes de hardcore, pas d’enrobage, les gars jouent dans leur tenue de tous les jours et n’ont aucun artifice sur scène. Le petit backdrop en arrière-plan est en plus à moitié caché par l’imposante structure de Powerwolf (masquée par un drap). Un des meilleurs concerts pour moi de cette journée avec Saint Agnes.
Pour clore le programme de l’Iceberg Stage, les Suédois d’Imminence ont pris le relais (oui encore un groupe suédois, décidément ils savent y faire là-bas). Évoluant dans un metalcore alternatif lourd, mais mélodique et atmosphérique, le groupe se démarque d’abord par le style habillé de ses musiciens qui portent manches longues. A 18h30, alors qu’il fait super lourd, faut vraiment vouloir. Celui qui sort du lot c’est évidemment le frontman Eddie Berg. Alliant un chant clair puissant et des screams déchirants, il a magnifié le set avec des envolées de violon classique, véritable marque de fabrique du groupe. Mention spéciale aussi au guitariste qui doit passer autant de temps à choisir ses shampoings qu’à réciter ses gammes sur son manche. Les filles ne le perdent pas des yeux et en plus faut reconnaître qu’il est bon.
Personnellement, c’est la deuxième fois que je les vois en concert après le Greenfield il y a deux ans, mais cela ne me parle pas plus que cela, bien que j’admets qu’ils montent en puissance et que l’on va probablement les retrouver en position d’headliner d’ici peu.
On entend souvent parler du loup en Suisse romande, mais là c’est une meute particulière. Powerwolf est désormais un groupe majeur de la scène metal. Cela fait des années qu’ils tournent. Je dois les avoir vu 5 fois je pense entre la première partie d’Epica à Thonex, aux Docks avec Amaranthe ou encore au Greenfield l’an passé pour citer les plus mémorables et eux aussi prennent du galon à chaque tournée. Comme les têtes d’affiches des jours précédents, ce sera un full show de 90 minutes, grande nouveauté de cette édition 2026 avec les écrans leds en arrière-fond.
Pour sceller cette 5e édition du Rock the Lakes, la grande messe de Powerwolf est venue illuminer la nuit de Cudrefin sur la Monster Stage avec un show monumental et très attendu. D’ailleurs la file d’attente du Meet and Greet en disait long sur le fait que la plupart des festivaliers étaient bien présents pour voir Attila et ses musiciens.
Seconde groupe aujourd’hui à se passer de bassiste sur scène (à se demander si le bassiste n’était pas en train de devenir une espèce en voie de disparition), la formation allemande n’en a pas moins délivré un son colossal. Pour cette tournée d’été 2026, impossible de ne pas mentionner non plus l’absence remarquée du guitariste fondateur Matthew Greywolf. Il était remplacé par Dom R. Crey (Equilibrium) qui a joué comme s’il avait toujours fait partie du groupe, le duo de guitares avec Charles Greywolf fonctionnant à merveille.
Sur le plan musical, la setlist a offert une véritable démonstration d’équilibre entre les différents albums du groupe, qui regorge dorénavant d’hymnes incontournables, avec évidemment quelques titres du dernier opus en date, Wake Up the Wicked.
Dans un décor spectaculaire évoquant une église délabrée rongée par les flammes et soutenu par une pyrotechnie que l’on n’avait pas encore vue du weekend, Attila Dorn a dirigé ses « fidèles » en bon chef d’orchestre dans un mélange de français/allemand/anglais digne d’un steward de Swiss avec quelques vols à son actif. Chants sacrés repris en chœur par des milliers de voix, visuels léchés et hymnes heavy metal incontournables : la meute a livré une prestation impériale, offrant une conclusion théâtrale, flamboyante et parfaite à l’édition 2026.
Après trois jours à partager de la poussière mais surtout de chouettes instants, c’est aussi le moment de dire au revoir aux amis avec qui on a partagé ce festival (certains depuis la 1ère édition), ceux qui viennent de Suisse romande, de Suisse-allemande, mais aussi de France voisine, ainsi qu’au staff du festival qui nous a soigné pendant trois jours, que ce soit la sécurité au crash ou l’équipe média. A peine, cette édition finie que l’on est déjà impatient de revenir l’an prochain. Les billets sont déjà en vente si jamais 😉
PS : un moment aussi particulier pour Volume 11 puisque c’est exactement une année plus tôt à la fin du dernier concert le dimanche soir que nous prenions la décision de nous lancer dans cette aventure médiatique en partant de rien, hormis notre envie et notre expérience.