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Paléo 2026 – THE CURE – Un dernier au revoir ?

Compte-rendu du concert du 22 juillet 2026


De mémoire de festivalier, du point de vue de la programmation, jamais une journée du Paléo Festival n’avait été aussi cohérente que celle de ce mercredi 22 juillet 2026. Le point d’orgue de la soirée, sur lequel l’ensemble de l’affiche a manifestement été construite, était bien entendu le 5ᵉ passage à Nyon de The Cure, groupe emblématique de la scène coldwave et du rock sombre emmené depuis ses débuts par Robert Smith.

​Après une première venue en 1985, puis de nouvelles apparitions en 2002, 2012 et 2019, ce retour en 2026 s’inscrit dans le cadre d’une tournée d’été des festivals, comme le groupe en est coutumier S’il est souvent rappelé de part et d’autres dans la pressse qu’il s’agit de la 5ᵉ escale de The Cure à Nyon, il convient surtout de souligner qu’il s’agit probablement de la toute dernière. Le groupe a en effet annoncé qu’il entendait ne pas continuer après le 50ᵉ anniversaire de son premier album, c’est-à-dire après 2029. C’est tout bientôt et sachant que l’intervalle entre les dates au Paléo tourne autour de 7 à 10 ans, pas besoin d’avoir chauffé le banc de l’EPFL pour voir que cela ne passera pas.

Le dernier concert en Suisse, si l’on remonte le temps, s’était déroulé à l’Arena de Genève, fin 2022. À ce moment-là, le dernier album du groupe, Songs of a Lost World (2024), n’était pas encore sorti, mais nous avions déjà eu droit à quelques extraits. Depuis lors, le disque a été salué par la critique, à juste titre. S’agissant d’une date en festival, la setlist est avant tout construite autour des principaux succès historiques du groupe ce qui explique que nous n’aurons droit qu’à deux extraits de Songs of a Lost World : Alone en ouverture, comme à l’Arena, et Endsong pour clôre le set principal.

Avec Simon à la basse !

​La bonne nouvelle du jour, c’est que Simon Gallup (bassiste historique et compagnon de route de longue date de Robert Smith) est bien présent ce soir. Il avait dû être remplacé sur quelques dates précédentes par son fils Eden, qui accompagne habituellement le groupe aux claviers et à la guitare.

​D’après un récent article de presse, ce sont quatre camions qui sillonnent l’Europe pour transporter le matériel de scène de The Cure. Il y a effectivement derrière le groupe un énorme écran et une imposante structure pour les éclaraiges afin d’accompagner la performance, mais rien d’extraordinaire non plus. Cela ressemble d’ailleurs pas mal à ce que nous avions vu ici même sept ans plus tôt. Le groupes est également identique depuis cette dernière date nyonnaise, avec la présence de Reeves Gabrels, ancien guitariste de David Bowie qui a rejoint le groupe en 2012.

​Il est toujours sympathique d’être dans la fosse pour prendre des photos du groupe lorsque celui-ci entame ensuite Pictures of You, l’un des extraits de son légendaire album Disintegration (1989). Avec bientôt 50 ans de carrière et 14 albums studio, le répertoire de The Cure est quasiment sans limite. Robert Smith déclarait d’ailleurs dans des interviews récentes avoir demandé à son groupe d’apprendre entre 30 et 40 chansons pour préparer cette tournée, ce qui leur permet, en théorie au moins, de faire varier leurs concerts chaque soir.

Montée en puissance et poids des années

​Après quelques titres relativement calmes tels que High et Lovesong, il faut attendre l’énergique Burn et sa partie de batterie ultra soutenue pour réveiller un peu le public. Et tout cela sans le moindre mot du maître de cérémonie, peu réputé pour être bavard sur scène (alors qu’il a tendance à s’épancher plus volontiers en interview). Cela dit, est-ce vraiment nécessaire d’ajouter quelque chose à cette musique magnifique?

​La deuxième partie du set est absolument splendide, s’ouvrant sur In Between Days — extrait de l’album The Head on the Door (1985), dont la sortie en single en juillet 1985 doit coïncider quasiment jour pour jour avec la première venue du groupe à Nyon — suivi de l’incontournable Just Like Heaven, autre brûlot de la fin des années 80 qui a beaucoup contribué à la « Curemania » de l’époque.

​Seul extrait de l’album Bloodflowers (2000), The Last Day of Summer est un de ces rares titres joués occasionnellement durant cette tournée et que l’on n’avait pas eu la chance d’entendre depuis très longtemps. C’est probablement l’un des meilleurs morceaux de ce disque. Cela reprend ensuite avec deux extraits de Seventeen Seconds : Play for Today et A Forest. ​Quel bonheur d’entendre cette ligne de basse absolument magique, et surtout de la voir exécutée des mains de son créateur, Simon Gallup. Difficile d’imaginer ce qu’aurait été ce moment sans lui, et de manière plus générale, de se dire que c’est peut-être la toute dernière fois que nous y avons droit. Personne n’est éternel : car même s’il sautille par moments, le poids des années ne fait aucun doute et le père Gallup ne semble pas à 100 %. On a parfois l’impression qu’il essaie de se convaincre lui-même qu’il est toujours dans le coup, mais la prestation reste un cran en deçà de ses standards habituels. Cela ne paraît pas non plus évident pour son fils Eden de trouver sa place entre les parties de guitare de Reeves Gabrels et de Robert Smith, ou encore d’ajouter des claviers alors que Roger O’Donnell est également présent. Mais l’essentiel est que la transmission se fasse et que le show continue comme disait un certain Freddie.

Une descente atmosphérique vers l’émotion

​Si l’on consulte la setlist des concerts précédents, on ne peut que constater qu’il s’agit d’un de leurs shows les plus courts — format festival oblige — avec 24 morceaux. À une ou deux exceptions près, c’est même le plus faible nombre de titres joués en une soirée sur cette tournée. Personnellement, j’aurais bien voulu entendre un Charlotte SometimesCold ou encore One Hundred Years à ce moment-là. Mais je comprends que l’on ne me demande pas mon avis, ce serait terrible d’avoir un concert d’une durée d’au moins trois jours.

​Les deux derniers titres du set principal sont tout aussi beaux, bien que plus atmosphériques : on sent d’ailleurs le groupe perdre quelque peu une partie du public à ce moment-là (ouais, enfin perdre c’est un grand mot car ils se retrouvent pour la plupart rapidement dans un bar, pas de quoi lancer un avis de recherche).

From the Edge of the Deep Green Sea et le quasi-instrumental Endsong constituent en quelque sorte une longue descente, à l’issue de laquelle le groupe quitte la scène sans un mot.

Ma voisine crie presque au scandale, persuadée que le concert est déjà terminé. Une réaction qui fait sourire tant la chose paraît impensable, et elle sera d’autant plus ravie de les voir revenir moins de deux minutes plus tard pour attaquer un rappel ultra-fourni de sept titres.

Une avalanche de classiques et l’adieu murmuré

​C’est évidemment à ce moment-là que le groupe dégaine ses plus grands succès. Bien entendu, difficile d’y couper, même si aux yeux des fans de la première heure, certains morceaux paraissent presque dispensables. Pour ma part, si l’on pouvait faire l’impasse sur Lullaby et Close to Me, cela m’irait très bien : deux titres dont je n’ai jamais vraiment saisi l’engouement (mais je me souviens que l’on ne me demande pas mon avis, donc beau joueur j’accepte le rappel proposé.

En revanche, Friday I’m in Love s’impose sans contestation comme le titre le plus acclamé de la soirée avec le final. L’écran LED géant situé derrière le groupe prend tout son sens durant ces rappels grâce à des animations visuelles particulièrement bien choisies : une toile d’araignée géante habille Lullaby, tandis que les motifs colorés emblématiques de l’époque Wish s’animent avec panache pour porter ce single incontournable.

​Après Why Can’t I Be You?, il est temps de passer au tout dernier titre. Nous sommes à pratiquement deux heures de concert — ce qui paraît énorme pour certains, mais demeure encore assez peu pour Robert Smith. C’est bien évidemment le single ultime du groupe, Boys Don’t Cry.

​Après ce morceau, le groupe se retire et Robert Smith déambule longuement au bord de la scène, comme pour dire au revoir à ses fans. Il prendra finalement le micro pour remercier le public (enfin !) et lâcher son habituel : « Merci, au revoir et à bientôt ». Avant, peut-être, de réaliser qu’un prochain retour n’était peut être pas si évident, ajoutant alors dans un murmure un « I hope » qui faisait un peu froid dans le dos, mais qui prenait tout son sens.

​Un héritage intemporel

​Incroyable de voir que les années n’ont aucune prise sur la voix de Robert Smith. Cela rend l’idée d’une fin prochaine un peu difficile à imaginer, car ils semblent en avoir encore pas mal sous le coude. Il reste à voir ce que valent les deux prochains albums qu’il a annoncés comme étant prêts. Il avait déjà dit cela à plusieurs reprises, donc on ne va pas le prendre au pied de la lettre, mais a priori, il y aura de la nouvelle musique prochainement, et cela est déjà réjouissant en soi. Tout comme il est encourageant de constater qu’il n’y avait pas que des cinquantenaires dans la foule, mais également beaucoup de jeunes qui n’étaient pas là uniquement pour accompagner leurs parents, mais qui, au contraire, profitaient pleinement du concert.

​Il faut dire que The Cure est l’un des rares groupes de cette époque à ne pas vivre sur ses acquis, et dont le dernier disque est une pièce de son œuvre tout aussi pertinente que certains albums classiques des années 80 ou 90. Sans compter que le groupe est omniprésent dans l’actualité, avec la participation récente de son leader au dernier disque des Rolling Stones (de quoi séduire la génération plus ancienne ?), mais également aux côtés d’Olivia Rodrigo, avec laquelle il a sorti le sublime single pop What’s Wrong With Me?.

Au final, le concert de ce 5ème passage à Nyon était vraiment très bon, avec une interprétation de premier plan, une setlist bien construite et beaucoup d’émotions. Personnellement, je n’ai pas trouvé aussi grandiose et touchant que leur retour sur scène en 2022, après le Covid et de nombreuses difficultés personnelles au sein du groupe, mais cela reste magique. Il faut en profiter tant qu’il est possible. Merci à la programmation du Paléo de nous faire vivre ces moments.

Texte et photos : Alex Pradervand

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