Vevey, 18 juin 2026, le thermomètre affiche encore 28 degrés à 20h05. La canicule est aux portes de la Suisse et la soirée qui s’annonce ne va certainement pas arranger les choses. Ce soir, ce sont Parsimony, Alchemists et The Dali Thundering Concept (DALI) qui vont déchaîner les flammes de l’enfer sur la ville de Vevey. Leur sobriquet de « Pâtés froids » ne sera bientôt plus qu’une histoire ancienne.
La salle du RKC, ou Rocking Chair pour les puristes, possède cette dimension humaine que j’affectionne tant. Elle offre une scène idéale aux musicien·nes ainsi qu’un espace où mosh pits et walls of death prennent rapidement vie.
20h31, les Romand·es de PARSIMONY ouvrent le bal. Le groupe, qui se décrit lui-même comme faisant du Modern Rock, s’empare de la scène et nous offre quarante-cinq minutes d’un concert intense. Des morceaux solides comme « Mirage » ou « Looking Away » ouvrent leur set et permettent rapidement au public de comprendre que les cinq artistes ne sont pas là pour enfiler des perles. Les premières nuques commencent à s’animer.
Couplets hachés. Nappes synthétiques. Flow lyric enivrant. Riffs puissants. Frappes précises. Voilà la recette idéale pour mettre le feu au RKC et faire monter progressivement la tension. Leur hit « Rainbow » embrase la salle tandis que le public s’époumone sur son refrain fédérateur. Le groupe ouvre les vannes et se déchaîne. Ce morceau, qui m’a permis de les découvrir, est une véritable pépite musicale : un savant mélange de douceur et de fracas.
Nos cinq Romand·es termineront d’incendier le RKC avec « Lost ». PARSIMONY, c’est un doux cocktail de metalcore moderne, de post-hardcore et de rock alternatif porté par une dualité entre la puissance des riffs et des lignes vocales mélodiques, le tout sublimé par des nappes de synthé qui laissent penser que le groupe possède un très bel avenir devant lui.
Entre deux gorgées rafraîchissantes et un souffle de vent sur la nuque, il est déjà l’heure d’embrayer sur le deuxième concert.
21h10, ALCHEMISTS fait résonner ses cordes. La douce pluie de l’intro de « Flamel » ricoche sur les murs du RKC. S’ensuit un déluge de riffs ingénieusement construits, de rythmiques cassées et percutantes. Ils ne sont que quatre sur scène, mais la richesse de leur musique laisse croire à un orchestre mathématiquement réfléchi et savamment composé.
La basse décapitée, veinée de rouge et de bleu, témoigne de la violence sans répit infligée aux cordes et aux peaux des instruments. Frappes glaçantes et plectres incisifs font considérablement grimper le mercure.
Julen unifie parfaitement le tout avec son chant. Son identité vocale est unique. Là où les instruments s’emballent dans des rythmiques syncopées et des riffs millimétrés, il choisit la retenue et la pesanteur. Son flow lent vient se poser sur les compositions comme une enclume sur une lame chauffée à blanc.
La voix semble remonter de ses entrailles. Profonde sans être gutturale. Puissante sans tomber dans les graves abyssaux du deathcore, elle apporte une dimension presque hypnotique à l’ensemble et offre un contrepoint parfait à la technicité des musiciens qui l’entourent.
Le groupe enchaîne les morceaux les uns après les autres. « About Amber”, “Arya”, “Oma Trees” ou encore « Osvominae » s’abattent tels des uppercuts reçus en plein visage. Les gouttes de sueur perlent le long des nuques tandis que les cheveux s’emmêlent sur les BLEGHS! lâchés par Julen.
« Ghost » ouvre une nouvelle voie pour notre quatuor. Leur dernier single, sorti récemment, et véritable coup de cœur personnel, offre un aperçu de la violence que le groupe nous réserve pour son second opus. D’autres nouveaux titres tels que “Orkidea” ou encore “Beneath the Horizon” viennent renforcer l’inéluctable : ALCHEMISTS ne se contente plus uniquement d’exister sur la scène suisse : le groupe y imprime désormais sa propre signature sonore et s’impose comme l’une des propositions les plus singulières du metal helvétique actuel.
A peine le temps de reprendre mon souffle et de me remettre de mes émotions que la soirée s’enchaîne avec DALI, plus connu sous le nom de The Dali Thundering Concept.
Dès les premières notes, une chose saute aux oreilles: DALI ne joue pas simplement du gros metal qui fait vibrer les cervicales. Le quatuor français dissèque notre époque à coups de riffs dissonants, de rythmiques labyrinthiques et de textes acides, transformant chaque morceau en une charge aussi cérébrale que viscérale. Dans un été marqué par deux épisodes caniculaires précoces, les propos de DALI résonnent avec une force toute particulière. Pour eux, musique et politique sont indissociables. Leurs morceaux tels que “Greenwash me”, “Business As Usual” ou encore “Teargas” sont lourds d’un message politique.
“EAT THE RICH”!
DALI, c’est une concentration de colère musicale et d’énergie brute qui vous prend aux tripes, incarnée par son frontman Sylvain Lacogne. Fidèle à son patronyme, il cogne à coups de mots incendiaires et de screams qui ressemblent moins à un rugissement qu’à une colère lucide, justifiée, articulée, portée par une intensité permanente.
Leur set d’une heure m’aura mis KO.
En 1931, Salvador Dalí peignait « La Persistance de la mémoire ». Oeuvre devenue célèbre pour ses montres qui semblent fondre sous la chaleur d’un paysage désertique. Au sortir du RKC, difficile de ne pas avoir cette image en tête. Peut-être à cause du nom de la tête d’affiche, mais surtout parce qu’elle résonne étrangement avec notre époque.
Au travers de leurs titres et de leur engagement, DALI nous rappelle que le temps des discours semble désormais derrière nous. Les aiguilles continuent de tourner tandis que la fenêtre d’action se rétrécit inexorablement.
Je quitte le RKC sonné, autant par la brutalité des concerts que je viens de vivre que par la température qui règne encore dehors. Nous sommes le 18 juin 2026, il est minuit passé et le thermomètre affiche toujours 22 degrés. Difficile de savoir ce qui, de la canicule ou des trois groupes de la soirée, aura le plus contribué à faire grimper le mercure.
¨François de Goumoëns / @danslafosse.medias