Comme des enfants qui attendent impatiemment et avec frénésie leurs cadeaux au pied de l’arbre de Noël, nous avions hâte que Sivert Høyem accompagné de ses fidèles musiciens se produise dans la salle fribourgeoise, quatre ans après y avoir célébré un triomphe avec son groupe, Madrugada. En première partie, son ami King Hüsky se produisait dans un registre bien éloigné de Kvelertak (groupe de metal norvégien) dont il assure la guitare.
King Hüsky (aka Vilar Landa), seul à la guitare et au chant, nous a proposé quelques titres de son album éponyme paru en juin dernier chez Hype City Music. Ballades et mid tempos acidulés où humour noir côtoie une vision parfois féroce de l’actualité à travers des textes très personnels. On pense parfois à Teenage Fanclub ou Belle and Sebastian, passant allègrement du folk au rock indie. L’ensemble est plutôt intéressant, cool, mais un peu monotone.
Avant-dernière date de la première partie de la tournée pour Sivert Høyem en terres fribourgeoises. Il affectionne la région et l’a évoqué à plusieurs reprises entre deux chansons, parlant d’une agréable balade avec ses complices en Basse Ville un peu plus tôt dans la journée sous un soleil printanier. Dès son entrée sur scène, on sent l’artiste norvégien détendu, souriant, les fans savent qu’ils peuvent s’attendre à une belle soirée musicale.
Ouverture des festivités avec ‘Blown Away’ et son intro quasi a capella, mettant d’emblée la voix exceptionnelle de Sivert. On entend des réactions ravies dans le public dès les premières strophes, et il y a de quoi. La setlist sera équilibrée, offrant un beau panel de la carrière solo du musicien. Il faut rappeler que 2026 est un millésime particulier pour lui : il a célébré ses 50 ans en janvier dernier avec trois concerts complets au Sentrum d’Oslo, et ses albums « Ladies and Gentlemen of the Opposition » et « Lioness » fêtent respectivement leurs 20 (22 en fait) et 10 ans.
On se balance en rythme avec ‘Dancing Headlights’ puis on part pour une balade hallucinée avec les accents de guitare de Cato Thomassen sur ‘Two Green Feathers’ et ‘Some Miserable Morning’. On aime beaucoup le tempo lent de ‘Going for Gold’ sur lequel se pose la voix veloutée de Sivert, comme une caresse et du baume sur les plaies du corps et de l’âme. Coup de cœur aussi pour l’enjoué ‘Into the Sea’, le chanteur enfilant son beau costume de crooner sur un air countrysant. Sivert dédiera ‘Prisoner of the Road’ – chanson qu’il avait écrite pour les réfugiés il y a une dizaine d’années – au peuple iranien, pour son courage et à la libération du joug du régime. Courte et sobre intervention mais sincère et émouvante.
Les fans sont ravis aux accords des pièces maîtresses comme ‘The Boss Bossa Nova’, ‘Lioness’ et un ‘Black & Gold’ que l’on dirait droit sorti d’un film de Tarantino. Fin du premier set avec le puissant ‘Give It a Whirl’ où les guitares s’en donnent à cœur joie, Cato étant rejoint par Christer Knutsen qui a brièvement quitté ses claviers. On retrouve Sivert et ses comparses pour un court set Madrugada pour le plus grand bonheur des fans. Un émouvant ‘Majesty’ en solo et acoustique ouvre la danse, puis le cathartique ‘Look Away Lucifer’ – on croirait un titre de Nick Cave -, avant de retrouver le magnifique ‘Honey Bee’ puis ‘The Kids Are on High Street’, l’un des premiers succès de Madrugada.
Dernière volée de rappels avec un titre en rab, ‘Hurdle’, sur lequel King Hüsky sera invité pour une courte jam. Coups de cœur pour l’élégant ‘Sleepwalking Man’ et le tendre ‘Moon Landing’ qui nous entraînent vers la fin de l’un des meilleurs concerts de ce début d’année.
Texte : Jean-Blaise ‘jb’ Betrisey
Photos : Alexandra ‘Sasha’ Hernandez
Galerie Sivert Høyem



