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Geoff Tate – Z7, Pratteln – 17 avril 2026

Preview du concert


Queensrÿche restera l’un des plus gros gâchis de l’histoire du rock dur. Snif. Propulsés vers les sommets grâce à une trilogie d’albums monumentaux («Operation: Mindcrime», Empire» et le sous-estimé «Promised land»), les citoyens de Seattle ne résisteront ni à la déferlante grunge (issue de leur ville natale justement), ni aux tensions internes qui se feront toujours plus vives alors que leur public deviendra aussi clairsemé que les cheveux d’Elton John. Orphelins de Chris DeGarmo, curateur de la créativité du Rÿche, ils tenteront tant bien que mal de maintenir l’illusion en publiant une suite de disques, disons, inégaux.

Jusqu’à ce 14 mai 2012. Peu avant un concert à São Paulo, Michael Wilton, Eddie Jackson et Scott Rockenfield virent la femme de Geoff Tate (alors leur manageuse) et sa belle-fille (responsable du fan-club), jugeant la mainmise de la famille Tate trop grande sur le groupe. Fou de rage, ce dernier frappe son batteur et lui crache au visage en plein concert. Il y a des groupes qui splittent. D’autres qui spit. S’ensuivront des déclarations belliqueuses. Et un procès.

Et la musique dans tout ça ? Depuis treize ans, Geoff Tate porte à bout de bras l’héritage de Queensrÿche sous son propre nom, alors que ses anciens comparses, légalement autorisés à utiliser le nom du groupe, ne sont jamais parvenus à se réinventer.

Comme dans un divorce, dans la séparation d’un groupe, la plupart du temps, aucune des parties n’en ressort gagnante. Si Geoff est une forte Tate, il est aussi un homme réfléchi qui a résisté à la force du destin. C’est en ces mots qu’il se confiait à nous, à Dortmund en 2006 (alors que Queensrÿche se produisait avec Def Leppard, Whitesnake et Journey – quel line-up !) : «J’ai grandi sans avoir de père. A présent, je suis l’heureux papa de quatre filles. Lorsque l’aînée est arrivée au monde, j’étais angoissé à l’idée de ne pas pouvoir lui donner ce qui m’avait manqué. Etre responsable, je ne savais pas ce que cela signifiait. J’ai été amené à puiser au fond de moi les ressources qui permettraient à mon enfant de grandir dans la confiance. Je n’ai aucune excuse : ce n’est pas parce que je n’ai pas reçu l’amour que je ne peux pas en donner.»

Deux décennies plus tard, à 67 ans, il s’est probablement dit que le moment était venu de célébrer «Operation: Mindcrime», album-concept millésimé. C’est ainsi qu’il s’est embarqué dans une tournée-anniversaire, «The final chapter», qui fera une unique halte en Helvétie. Qui d’autre que la Fabrique à concerts pour accueillir son chant du cygne ? Le souvenir de Queensrÿche, ce groupe atypique, expérimental, inclassable, faussement considéré comme progressif, qui vendra 25 millions de compacts, nous laisse un goût d’inachevé. La perspective d’entendre son chanteur historique à la voix cassée réinterpréter «I don’t believe in love», «Eyes of a stranger» ou «Revolution calling» allume déjà l’étincelle d’une nostalgie assumée.

Queensrÿche a été impérial. Queensrÿche n’est plus. Mais certaines de ses chansons sont éternelles et ravivent les souvenirs les plus beaux.

Texte : Pascal Vuille

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