Elle a envoûté le Village du Monde avec sa voix magique mercredi soir. Venue tout droit des Îles Féroé, Eivør a pris quelques minutes avant son concert pour nous parler de son parcours et de son attache à la musique traditionnelle.
Vous avez commencé la musique très jeune. Comment avez-vous vécu le fait de commencer aussi tôt ?
J’ai toujours rêvé de devenir chanteuse, compositrice et musicienne. Depuis que je suis toute petite, je disais que je serais chanteuse. Ce rêve ne m’a jamais quittée et j’ai eu la chance d’être entourée de parents et d’amis qui m’ont énormément soutenue. Il est difficile de dire comment je l’ai vécu, parce que c’est la seule réalité que j’aie jamais connue. Je n’ai connu que ça. J’avais simplement une immense envie de créer. J’ai commencé à enregistrer mon premier album à 15 ans et, depuis, je n’ai jamais cessé de faire des albums et de partir en tournée, en construisant mon public avec patience.
Avez-vous toujours eu envie de mêler de nouveaux sons, des influences folk et une musique plus traditionnelle ?
Oui, je crois que c’est quelque chose qui m’a toujours intriguée. À mes débuts, j’étais très attirée par la musique folk. C’était vraiment ce qui m’animait et je voulais écrire des chansons inspirées de mes racines. À partir de là, ma musique a évolué au fil des différentes étapes de ma vie. Mais je pense que les racines de mon île, de l’endroit où j’ai grandi, ont toujours constitué le cœur battant de ma musique. Même si j’ai parfois exploré d’autres genres, ces racines sont toujours présentes.
Dans votre pays, quelle est la relation des jeunes avec la musique traditionnelle ? Est-ce quelque chose qui fait vraiment partie de la culture et du quotidien ?
Oui, elle est profondément ancrée dans notre culture. Je pense que, chez nous, la musique traditionnelle est avant tout une affaire de chant. Comme nous avons longtemps vécu très isolés du reste du monde, il n’existait pas d’instruments traditionnels aux îles Féroé. Tout repose donc sur la voix. Nous avons de très anciennes ballades que beaucoup de jeunes — probablement la plupart d’entre eux — connaissent et dont ils sont très fiers. Il y a aussi une manière très particulière de les chanter. Ce timbre, cette façon de poser la voix, sont propres à ces chants. C’est quelque chose de très profondément inscrit dans notre culture.
Vous évoquiez justement le chant. C’est une véritable technique…
Oui. C’est une manière de chanter très entière, très engagée. J’imagine qu’elle vient d’une époque ancienne où il n’y avait pas de micro et où il fallait chanter fort pour être entendu. Les gens projetaient simplement leur voix avec toute leur puissance. C’est quelque chose dont je me souviens très bien. Quand j’étais enfant, j’admirais ma mère, par exemple. Elle chantait avec une telle force que je me disais: “Un jour, j’aimerais chanter aussi magnifiquement qu’elle.”
Comment avez-vous trouvé votre propre voix ?
Je pense que, lorsqu’on commence à chanter, comme pour beaucoup de choses dans la vie, on a d’abord des modèles et des sources d’inspiration. Tout au long de ma vie, j’ai été inspirée par de nombreuses chanteuses. Adolescente, j’écoutais toutes ces magnifiques voix et j’essayais de les imiter. Puis vient un moment où il faut trouver sa propre voix. Cela demande beaucoup d’introspection et de recherche intérieure. Mais, avec le temps, on finit par découvrir son propre style, sa propre identité artistique. C’est toute la beauté du métier d’artiste. C’est même l’essence de ce que nous faisons. Je pense que chacun devrait profiter de ce cheminement. Moi-même, je suis encore en plein dedans. Je découvre sans cesse de nouvelles façons de chanter ou d’exprimer des émotions avec ma voix.
La musique traditionnelle est souvent liée à des histoires. Y a-t-il une histoire que vous aimez particulièrement raconter ou que vous aimiez entendre lorsque vous étiez enfant ?
J’ai grandi avec beaucoup d’histoires. Dans les pays nordiques, on retrouve souvent les mêmes récits: les sagas, les anciennes batailles… mais aussi de nombreux mythes. L’une de mes histoires préférées est celle de la “Seal Woman”, que j’entendais lorsque j’étais enfant. C’est une très belle histoire qui raconte comment les femmes-phoques dansent sous la pleine lune. C’est un récit assez long, mais magnifique, et il occupe encore aujourd’hui une place très spéciale dans mon cœur.
Revenons à Paléo et à ce Village nordique installé au cœur du festival. Que ressentez-vous à l’idée de jouer ici, dans ce festival au sein du festival ?
J’adore cet endroit. Je ne suis arrivée qu’il y a une heure environ, mais je m’y sens déjà très bien. Tout à l’heure, j’étais assise ici et, même maintenant pendant que nous parlons, j’entends Ásgeir jouer sur la scène où je me produirai un peu plus tard. J’aime énormément sa musique. C’est un bon ami venu d’Islande et c’est un artiste formidable. Je suis vraiment très heureuse et reconnaissante d’être ici, entourée de mes “frères et sœurs” nordiques.
Vous disiez aussi que vous aviez beaucoup entendu parler du festival avant de venir. Que vous racontait-on ?
Mes fans parlaient souvent de ce festival dans leurs commentaires et me disaient que c’était un événement formidable. Des amis artistes qui s’y sont déjà produits m’ont également dit que c’était un excellent festival où jouer. J’étais donc très impatiente de le découvrir par moi-même. Je suis vraiment ravie d’être ici.