C’est en grand habitué du MJF que Van Morrison venait sur les bords du Léman (22 participations). Un dernier album bluesy sous le bras paru en début d’année (« Somebody Tried to Sell Me a Bridge », Orangefield Records), « Van the Man » et ses très bons musiciens investissaient l’Auditorium Stravinski en mode confiné. La part belle sera donnée au dernier opus qui comprend autant de compositions originales que de covers (Eddie Vinson ‘Kidney Stew Blues’, John Lee Hooker ‘Deep Blue Sea’, B.B. King ‘Rock Me Baby’ pour n’en citer que quelques-unes. Veston bleu, chapeau crème et lunettes de soleil foncées (empruntées à M. Macron ?), « The Belfast Cowboy » entre en scène après quelques mesures de son orchestre. Très peu prolixe voire bourru comme à son habitude, il adresse à peine la parole au public, bougonnant de temps à autre un « thank you » étouffé ou envoyant une barrée discrète à l’un de ses musiciens. Fidèle à lui-même me direz-vous, eh bien oui ! On ne se refait pas à 80 ans et les traits de caractère ressortent même davantage chez lui. En revanche, on est stupéfait d’entendre sa voix constante et chaude sur laquelle le temps ne semble pas avoir prise. La musique dans le sang, Van Morrison jouera même de la guitare, du saxophone et de l’harmonica au cours d’un set beaucoup trop court (1h20). Même si des classiques comme ‘Moondance’, ‘These Dreams of You’ et ‘Gloria’ en dernière chanson seront interprétés, la plupart du public restera sur sa faim, dans l’attente vaine de rappels ou d’autres titres immortels. Une belle prestation, notamment grâce à l’excellente section cuivre (Richie Buckley, saxophone – Matt Holland, trompette), mais qui somme toute manquait un peu d’âme.
Cinquième passage au MJF pour James Taylor, légende étasunienne de la musique folk qui a notamment joué avec Paul McCartney, Carole King et Joni Mitchell. L’un des chantres de la contestation au tournant des 60’s-70’s à l’écriture fine, émouvante, mettant en avant la résilience et la bienveillance plutôt que l’affrontement et la violence. Inspiré par la musique de Woody Guthrie, James construit son propre univers musical avec des textes inspirés par ses expériences personnelles (lutte contre la dépression et addiction à l’héroïne notamment) et la politique (le brûlot ‘Line ‘em Up’), le tout empreint de poésie.
James et son groupe sont un peu à l’étroit sur la scène du Stravinski eux aussi. Comme Van Morrison en début de soirée, on est admiratif et ravi d’entendre la voix toujours aussi sûre et chaude de l’artiste du haut de ses 78 ans. Une voix qui agit comme un baume, qui vous réconforte ou vous cajole, qui s’enroule autour de vous comme une douce écharpe en cachemire une soirée d’hiver. Les harmonies vocales seront remarquables tout au long du concert avec un chœur mixte chaleureux et touchant. Nos coups de cœur iront aux délicats ‘Rainy Day Man’, ‘Don’t Let Me Be Lonely Tonight’, ‘Copperline’, aux deux covers de Carole King (‘You’ve Got a Friend’ et ‘Up of the Roof’), et aux entraînants ‘Mexico’ et ‘Your Smiling Face’. Parmi les rappels, à relever la belle cover de Marvin Gaye – ‘How Sweet It Is (To Be Loved by You) – et ‘You Can Close Your Eyes’, le titre final que James Taylor interprètera avec son fils à la guitare, tout en émotion.
Texte : Jean-Blaise ‘jb’ Betrisey
Photos : avec l’aimable autorisation du Montreux Jazz Festival (Van Morrison par Lionel Flusin, James Taylor par Marc Ducrest et Emilien Iltim)