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SLOMOSA – La Colère joyeuse

interview réalisée au Schmittner Open Air en juin 2026


‘Nous sommes joyeusement en colère’

Samedi 6 juin. Il est 17 heures et le groupe norvégien atterrit à Kloten en provenance d’Oslo. Un déplacement hors tournée pour honorer une date en Singine, dans le cadre du très sympathique Schmittner Openair.

Trois heures plus tard, le groupe arrive à Schmitten (FR) à bord d’un minibus, fatigué d’un voyage qui aura duré dix heures de porte à porte. Ben Berdous, chanteur-guitariste et maître à penser du quatuor, nous dit avoir mal à la tête. Mais même fatigué et diminué, il prendra une demi-heure, flanqué du batteur Jard Hole à ses côtés, pour s’entretenir avec Volume 11, grâce aux bons offices de l’agence All Noir. Magnéto, Serge.

Vos deux premiers albums n’ont pas passé inaperçu. Êtes-vous satisfaits de l’écho extrêmement positif qu’ils ont reçu partout dans le monde ?

Jard Hole : Nous ne nous attendions pas à cela. La réponse que nous avons reçue est si impressionnante. C’était réellement excitant de découvrir autant de feedbacks positifs après la sortie du premier album.

Ben Berdous : Il était impossible de savoir comment nos deux premiers albums allaient être perçus. Et à vrai dire, nous n’y pensions pas vraiment. La surprise s’est d’autant plus avérée très plaisante. Quand tu fais quelque chose qui te plaît, tu es content de savoir que cela plaît également à d’autres personnes.

Vous avez défini votre style comme étant du tundra rock. Comment en êtes-vous arrivés à cette appellation ?

Jard Hole : Nous nous sommes inspirés de la scène du desert rock et y avons ajouté notre propre coloration. Il y a pas mal d’endroits désolants et déserts en Norvège. Et la Tundra, c’est le désert que nous avons. C’est une manière de dire que nous faisons notre desert rock à nous.

Vous venez de Bergen. Que pouvez-vous nous dire de cette ville et de sa scène musicale notamment ?

Ben Berdous : Bergen une ville montagneuse. C’est la deuxième plus grande ville du pays, une sorte de mélange entre cité et nature sauvage. Elle a certainement besoin de devoir toujours prouver quelque chose. D’un point de vue musical, Oslo possède davantage de groupe à dimension nationale, alors que Bergen a davantage de groupes qui rayonnent à l’international. Depuis Bergen, tu peux apercevoir l’Angleterre. Ce n’est donc pas étonnant que nous regardions vers l’étranger. La Norvège est très influencée par la culture américaine. Le style de vie américain imprègne notre pays probablement comme aucun autre, que ce soit au niveau du rock, des séries télé, des émissions télévisées.

Jard Hole : Bergen est une grande ville, mais elle ne donne pas cette impression. Son centre-ville est plutôt compact. Au niveau de la scène musicale, tout le monde se connaît et les genres cohabitent très bien. Le rock, le jazz, les musiques électroniques. C’est ce que j’apprécie dans cette ville.

Dans les notes qui accompagnent ‘Tundra Rock’, vous remerciez la Ville de Bergen et sa Direction de la culture. Quel type de soutien avez-vous reçu ?

Ben Berdous : Il s’agit avant tout de subsides culturels publics destinés à soutenir les groupes dans leur projet d’enregistrer ou de partir en tournée. En Finlande, en Suède et au Canada, il existe également un système similaire. Une demande peut être adressée à la municipalité de Bergen, qui l’examinera. Dans notre cas, elle y a répondu favorablement. C’est pourquoi nous avons tenu à la remercier publiquement, car ces subsides nous ont permis de partir en tournée à l’étranger de manière extensive pour la première fois. Nous avons beaucoup de chance en Norvège de pouvoir bénéficier d’un soutien par le biais de subsides. C’est un signal fort de la part d’un pays aussi riche que le nôtre que de promouvoir la culture de cette manière.

Jard Hole : Quand tu commences à faire de la musique dans ta jeunesse, le fait de savoir que la municipalité est susceptible de te prêter du matériel sono ou un local de répétition, par exemple, est très encourageant. Et cela développe un esprit communautaire dès le début.

La Scandinavie livre régulièrement de nombreux excellents groupes de rock depuis une trentaine d’années. Est-ce que ce soutien culturel des municipalités y est pour quelque chose ?

Ben Berdous : Ce soutien dès les débuts d’un groupe permet de bénéficier d’une liberté matérielle pour jouer de la musique. Mais si l’on prend un peu de hauteur, force est de constater que les subsides ne représentent qu’une petite partie des fonds qui sont nécessaires pour pouvoir vivre de sa musique. Pas mal de groupes de stoner issus de Suède ne proviennent pas de grandes villes. Meshuggah non plus. Cela signifie que le soutien culturel est important mais qu’il ne représente pas tout.

Vous avez tourné avec un certain nombre de groupes de stoner comme Greenleaf, Orange Goblin, King Buffalo ou encore Sasquatch. Vous vous êtes donc produits avant tout devant un public qui affectionne ce genre. Votre but est-il d’atteindre une audience plus large ?

Jard Hole : Nous avons signé chez une agence de booking allemande qui nous a permis de nous intégrer dans la scène stoner européenne. Nous tenons à rester apparentés à cette mouvance tout en touchant un public plus varié.

Ben Berdous : Nous remarquons que, petit à petit, des auditeurs qui ne semblent pas être rattachés à la scène stoner viennent nous voir. Des jeunes en particulier. En partageant avec eux, nous comprenons qu’ils ne sont pas vraiment fans de rock à la base, mais que ce que nous faisons leur plaît. Même ma mère aime notre musique ! (rires) Je pense que notre musique peut aller au-delà de la scène stoner, même si pour le moment nous nous faisons un nom dans cette mouvance-là. En Norvège, nous remplissons des salles de taille honorable et à nous produire dans de grands festivals dédiés au stoner au sens large du terme, comme Høstsabbat, Desertfest Oslo ou Tundra And Lightning. Cette scène prend toujours plus d’importance. J’ai grandi en écoutant ce genre, mais je n’étais pas conscient du tout qu’il existait en Europe un si grand nombre de festivals qui lui était consacré. C’est une joie d’en faire l’expérience à présent avec Slomosa.

Votre approche du stoner est très originale. Votre façon de chanter n’est pas courante et vous ne vous contentez pas de créer une xième copie d’un riff de Black Sabbath. Les sujets de vos textes diffèrent également. Est-ce que ce sont là les raisons de votre succès immédiat ?

Ben Berdous : Soit, nous puisons notre inspiration dans le desert rock. Mais ce n’est pas le genre le plus typique du stoner. Il contient des éléments très mélodiques et d’autres empruntés au hardcore. J’ai toujours été séduit par l’écriture des groupes de desert rock. Il y avait une sorte de coolitude. Quand tu écoutes Kyuss, tu ne peux t’empêcher d’y trouver un aspect cool. Comme dans le premier album des Queens Of The Stone Age d’ailleurs. Slomosa tente de reproduire une certaine forme de vibration issue du desert rock, sans toutefois s’y appliquer consciemment. Et si celle-ci plaît à un grand nombre, cela nous procure un sentiment de surprise extraordinaire auquel nous espérons ne jamais nous habituer.

Pouvons-nous dire que votre musique est paradoxale car elle combine des sujets sérieux et des textes parfois sombres avec des mélodies empreintes d’énergie positive ? Qu’elle recèle une tension entre la joie des trames mélodiques et le pessimisme des paroles ?

Ben Berdous : C’est très surprenant pour moi d’entendre que les gens perçoivent un feeling positif dans notre musique, car la plupart de nos textes sont basés sur la colère. Si tu les lis, ils sont souvent durs. Les paroles ne sont pas réfléchies, elles jaillissent en quelque sorte lors du processus de composition. Et elles prennent tout leur sens pour moi lorsque je les chante, lorsqu’elles sont enveloppées dans la musique. C’est un sentiment légitime que la colère. Mais nous sommes peut-être joyeusement en colère. Les paroles sont personnelles, mais elles peuvent signifier différentes choses pour celles et ceux qui les écoutent. C’est ce qu’il y a de magique dans la musique. Les paroles ont une signification pour moi, mais qui n’est peut-être par la même pour celui ou celle qui l’écoutent. C’est là que l’interprétation intervient.

Vous avez tendance à répéter, parfois très souvent, la même phrase, la même ligne, ce qui confère à votre musique un côté hypnotique. Est-ce voulu ?

Ben Berdous : C’est le cas sur ‘There is nothing new under the sun’, qui figure sur notre premier album. Je crois que je répète cette phrase dix-sept fois à un moment donné. J’aime les phrases simples qui accrochent. Lors de l’enregistrement, notre producteur m’a demandé : ‘Es-tu certain de vouloir chanter cette phrase autant de fois’ ? Je ne crois pas que nous le fassions consciemment. C’est notre côté stoner probablement. Et puis il arrive qu’il me manque deux lignes pour terminer les paroles d’une chanson et je me dis qu’une répétition pourrait faire l’affaire. C’est peut-être aussi une question de paresse. (rires) Quand je répète une phrase, il se peut que je change l’intonation d’un mot pour créer une légère variation.

Quels sont les groupes que vous écoutez en ce moment ?

Jard Hole : J’aime vraiment Bushman’s Revenge, un groupe norvégien. J’écoute beaucoup de musique norvégienne, en fait, comme Gjenferd par exemple. Ce sont des amis, ils utilisaient le même local de répétition que nous. Ou Kryptograf, un autre groupe de Bergen qui a publié son premier album le même jour que nous avons publié le nôtre. Je pense aussi à Elephant9 et à Motorpsycho, tous deux norvégiens évidemment.

Ben Berdous : Cela donne l’impression que tu n’écoutes que des groupes norvégiens. (rires) Pour ma part, j’écoute de nombreux styles différents. Ces derniers temps, j’ai beaucoup écouté Agriculture, un groupe de metal américain, et Future Islands, un groupe de synth pop dont le chanteur est le frontman le plus allumé que j’ai jamais vu. Le nouvel album d’Elder est complètement fou, je l’écoute en boucle depuis une semaine. J’écoute aussi des démos que nous avons faites, des ébauches de riffs. Nous prévoyons la sortie de notre troisième album à l’été 2027. Un single devrait sortir cette année encore. Voilà, tu tiens ton scoop ! (rires)

Non seulement j’ai un scoop, mais j’ai aussi mon titre : ‘Nous sommes joyeusement en colère’.

Ben Berdous et Jard Hole : (rires)

Interview réalisée par Pascal Vuille

Photos : Angela Tschumi (merci à elle)

Nos remerciements au Schmittner Open Air pour son accueil et la mise à disposition des photos du concert

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