Etonnamment, leur première participation au Montreux Jazz Festival ne remonte qu’à 1996, avec l’arrivée du génial Steve Morse à la six-cordes (si l’on excepte une première prestation en mai 1971 au cours de laquelle le groupe s’était lié d’amitié avec Claude Nobs). Et pourtant, Deep Purple s’y produisait lundi soir pour la onzième fois. Une histoire d’amour avec Montreux qui remonte – comme tout un chacun le sait – aux séances d’enregistrement de « Machine Head » sur la riviera vaudoise et l’incendie historique du Casino en décembre 1971 lors du concert de Frank Zappa. Aussi, chaque passage de Deep Purple au MJF est un moment incontournable de l’histoire du rock.
Initialement prévus pour ouvrir la soirée, les Californiens de Rival Sons ont malheureusement annulé leur tournée. Un coup pour le moral car le groupe emmené par Jay Buchanan et Scott Holiday fait partie de nos artistes préférés. Au pied levé, les organisateurs ont engagé Danko Jones, trio canadien qui est actuellement en tournée européenne. On se souvient de l’avoir vu en 2022 aux Docks pour une prestation très électrique et dynamique. L’air de rien, le groupe fête ses 30 ans cette année. La recette de sa musique n’est pas compliquée : un rythme entraînant et pêchu, des mélodies simples et accrocheuses, une attitude sympathique et contagieuse en concert.
John Calabrese (basse) vient régulièrement titiller le public sur le devant de la scène tandis que Rich Knox (batterie) martèle ses fûts avec efficacité. Quant à Danko Jones (guitare et chant), fidèle à lui-même, il lâche des riffs nerveux et gratifie le public de sourires et de grimaces amusantes. Il dira sa joie et son honneur d’ouvrir pour Deep Purple, son rêve devenu réalité de manière inattendue. Le public déjà nombreux dans l’Auditorium Stravinski saluera généreusement les Canadiens.
Deep Purple vient de sortir un nouvel album au début du mois (« Splat ! » earMUSIC), le meilleur depuis belle lurette. Bien sûr, le son du groupe – notamment l’orgue Hammond – est toujours au cœur de la musique, mais les compositions sont plus audacieuses, j’allais dire modernes, et très rock. La venue de Simon McBride à la guitare (en remplacement de Steve Morse accablé par le destin) n’y est sans doute pas pour rien. Le concert du MJF allait nous permettre de découvrir trois titres de ce nouvel opus dont l’excellent ‘Arrogant Boy’.
Ouverture du concert avec la projection sur un grand écran en fond de scène d’une vue spatiale où s’inscrit et s’approche de nous en lettres grandissantes « Deep Purple ». Puis le nom de la tournée (« Mad in Europe 2026 ») avant que ne défilent toutes les pochettes ou symboles des albums du groupe dont la fondation remonte à 1968. Entrée de feu avec ‘Highway Star’, le ton est donné, les fans vont passer une belle soirée. La bonne surprise est la voix de Ian Gillan et sa bonne forme physique (pour un jeune homme de près de 81 ans) contrairement à la tournée précédente où il nous avait donné des signes inquiétants. Le son est parfait, la scène idéale avec une alternance de gros plans des musiciens et d’animations sans toutefois distraire l’attention du spectateur de la musique.
On a apprécié le retour de certains anciens titres du répertoire comme ‘Hard Lovin’ Man’ ou le diabolique ‘Into the Fire’. Immenses coups de cœur pour les chefs-d’œuvre de mi-concert avec ‘Lazy’ – l’un des chouchous du public avec l’intro jouissive de Don Airey aux claviers et surtout ‘When a Blind Man Cries’, sublime et émouvant à tirer des larmes à Donald Trump. Un ‘Space Truckin’ bien pêchu nous emmène au titre que toute la salle attend… ‘Smoke on the Water’. Une fois de plus, le jeu de Simon McBride dépoussière cet hymne intemporel qui associe pour toujours Montreux et le rock. En rappel, un medley enchaînant un bon instrumental du dernier album (‘Guinnesis’), l’irrésistible ‘Hush’ et l’immortel ‘Black Night’ fera chavirer de bonheur le public multigénérationnel de l’Auditorium Stravinski.
Les musiciens, décontractés et souriants ont remercié et salué le public de Montreux, leur seconde maison, les yeux encore brillants du feu de la passion et de la magie du live.
Texte : Jean-Blaise ‘jb’ Betrisey
Photos : Alex Pradervand