Une belle soirée de fin de printemps dans sa lumière dorée. On prend le temps de savourer une mousse belge capiteuse à côté de la salle lausannoise et on se plonge délicieusement dans nos souvenirs musicaux des 90’s. Les repérages Couleur3 étaient en effervescence et mettaient en lumière des pépites comme cet incroyable album millésimé 1992, « Copper Blue », premier album de Sugar, groupe de rock formé autour de Bob Mould après son départ d’Hüsker Dü. Un rock nerveux, simple et efficace, avec une signature à mi-chemin des Pixies et de R.E.M. 30 ans après sa dissolution, le trio du Massachusetts nous revenait aux Docks tel le Messie pour une unique date helvétique.
En première partie, nous découvrons J. Robbins (James Robbins), auteur-compositeur-interprète étasunien qui a soigné sa carrière solo à côté des groupes dans lesquels il officie (Jawbox, Burning Airlines..). Sa famille musicale est proche de celle de la tête d’affiche du soir. On retrouve des mélodies à la Lemonheads et autres groupes de rock alternatif ou post punk du début des 90’s faisant la part belle aux guitares. Dans le cadre de cette tournée, il performe en solo (chant-guitare) en ouverture de Sugar. L’exercice n’est pas toujours aisé et on le sent tendu au début de sa prestation, enchaînant les titres comme des perles, un peu à la hâte. Le public est bienveillant et l’applaudit généreusement après chaque chanson. Il faut dire que le bougre a du talent et nous a interprété quelques jolies pièces comme ‘Anodyne’ (très R.E.M.), le chaloupé ‘Your Majesty’ ou l’accrocheur ‘Soldier On’. Une trentaine de minutes bien plaisantes d’un set intimiste.
Bob Mould, un monstre sacré du rock underground, qui a pris quelques formes avec l’âge – qui est-on pour le lui reprocher ? – mais toujours aussi énergique sur scène avec des riffs nerveux et imparables et sa voix qui n’a pas bougé d’un iota. Un pur bonheur de le voir évoluer sur la scène des Docks avec ses compagnons d’origine – David Barbe, basse et chant – Malcolm Travis, batterie. Bien sûr, la part belle à « Copper Blue » dont six titres seront joués (‘A Good Idea’, ‘Changes’, ‘Helpless’, ‘Hoover Dam’, ‘The Act We Act’ et surtout ‘If I Can’t Change Your Mind’ qui a clôturé le concert). On a également adoré l’irrésistible ‘After All the Roads Have Led to Nowhere’ qui a bien titillé les cervicales des auditeurs.
La setlist est bien composée, permettant l’alternance entre titres chantés par Bob et d’autres par David dans un registre plus feutré. Les fans en ont vraiment pour leur argent – une vingtaine de titres seront interprétés – sans blabla – Bob n’est pas réputé pour être une pipelette. Le public aura le bonheur d’entendre deux nouvelles compositions, le nerveux ‘House of Dead Memories’ (dans la veine de New Model Army) et ‘Long Live Love’, tube en puissance. Long live Sugar, long live rock’n’roll.
Texte et photos : Jean-Blaise ‘jb’ Betrisey