Depuis le jour où mes oreilles ont entendu pour la première fois, ce ‘Crucify’ dans l’émission Juke Box Heroes de la TSR en 1992, je n’ai cessé d’être fascinée par cette chanteuse/compositrice/interprète, sirène aux longs cheveux roux. Je savais qu’elle allait me mener vers des chemins sauvages, réconfortants, déroutants aussi, mais toujours passionnants. Dix-huitième album studio et une belle longévité pour cette chevalière démasquée des temps modernes qui a passé comme beaucoup par des drames personnels qui ont transcendés sa musique et inspiré ses paroles. Les textes de Tori Amos ont été aussi frontaux que bourrés de métaphores parfois obscures. Ce mélange de réalisme et de mysticisme garde l’auditeur sous son charme.
Sur cet album, accompagnée au chant par sa fille (deux voix qu’on avait déjà pu entendre sur ‘Promises’ qui se marient très bien) sur quelques morceaux et par son mari à l’enregistrement, la désormais sexagénaire s’en fout de tout. Avec le monde qui nous entoure, elle a de quoi alimenter son ironie et ses textes. Le concept d’In Times of Dragons’ aborde le changement aussi bien sociétal (démocraties en danger) que personnel (ménopause). On devine toujours un combat contre ses démons intérieurs. Tori Amos, reine mélodique, nous pond toujours de sacrés moments épiques avec son Bösendorfer adoré (‘Provincetown’, ‘Gasoline Girls », Tempest’), quelques autres plus sombres (‘Shush’) ou d’autres plus joyeux (‘Fanny Faudrey’). Ses ballades aux mélodies déchirantes se révèlent toujours aussi merveilleuses (‘Flood’). Si son album précédent était plus sage, on retrouve une Tori remontée, plus rock, plus profonde, multi-couches. Cet album pourrait être le résultat de l’union entre Scarlet’s Walk’ pour son côté engagé et ‘American Doll Posse’ et son coté badass. Ses muses essaient de découvrir comment évoluer dans ce monde et dans sa propre tête. Amos va moins dans les aigus, les vestiges du temps qui passe, mais cette gravité lui va bien, peut-être qu’un plus grand nombre l’entendra. ‘In Times of Dragons’ est un album entier, puissant, héroïque comme celle qui l’incarne.
Texte : Joëlle Michaud