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Geoff Tate’s Operation Mindcrime – Z7, Pratteln – 17 avril 2026

Compte-rendu du concert du 17 avril 2026 à la Z7 de Pratteln

Atmosphère printanière aux alentours de la Fabrique à concerts de la zone industrielle bâloise. Alors que nous approchons de l’entrée, deux choses nous interloquent. Tout d’abord, l’affluence du soir est très importante. Le sold-out n’est pas loin. Puis c’est la moyenne d’âge de l’audience qui frappe: à vue de nez, entre 55 et 60 ans. Et ce n’est pas sans raison: mine de rien, cela fait déjà 38 ans que le mythique album conceptuel ‘Operation: Mindcrime’ des inventifs Queensrÿche a déferlé sans crier gare, tel un tsunami sonique, sur une planète metal qui devenait ridicule, tant musicalement qu’au niveau des tenues vestimentaires des protagonistes. En un mot, Gene Simmons et David Lee Roth avaient fini par ressembler à Véronique et Davina (les quinquas auront la réf’).

Il est 21:25 heures. Notre ami et photographe Stéphane Bée, drapé dans un t-shirt old school arborant le logo du premier album éponyme du combo de Seattle, est au taquet, prêt à mitrailler son illustre vocaliste. Au même moment, au ‘Nouveau Monde’ de Fribourg, l’étonnante SUN, prêtresse d’une pop brutale, porte le flambeau du renouveau du metal. Comme quoi, le genre n’est pas mort, n’en déplaise aux grincheux. Les lights s’éteignent. Les amplis crachent l’intro de ‘I remember now’: ‘Dr. Blair, Dr. Blair’… Les six musiciens apparaissent comme en filigrane. Puis c’est l’instant T: l’une des voix les plus identifiables du metal lourd se fait entendre sur la scène de la Z7 sous les hourras d’un public qui retrouve ses vingt ans. Ce soir, il prêtera cette voix, tour à tour cassée, suraiguë ou grave, à Nikki, ce toxicomane devenu assassin parce que manipulé.

Visiblement, le citoyen de l’état de Washington, 67 ans, est là pour se faire plaisir. Quand le fardeau de la preuve est levé, quand il n’y a plus d’échelons à gravir, de maison de disques à convaincre, de promotion à assurer, de territoires nouveaux à défricher, de réticences à faire tomber, le plaisir de jouer peut pleinement s’exprimer.

Les six musiciens qui accompagnent la légende sont inconnus au bataillon. Pour eux, l’expérience de se retrouver parachutés aux côtés d’une légende qui a marqué la fin des années 80 et le début des années 90 doit être hallucinante. Les circonstances dans lesquelles Geoff Tate a monté ce collectif sont diffuses, mais le moins que le l’on puisse dire, c’est que la troupe est bigarrée et internationale. Amaury Altmayer (guitare) est Français, Dario Parente (guitare) Italien, James Brown (guitare) Irlandais, Jimmy Wynen (basse) Australien, Michele Panepinto (batterie) Italien et la chanteuse qui, entre trois poses langoureuses et deux accords et demi de claviers reprend le rôle de Pamela Moore (‘Sister Mary’), de souche grecque. Vous nous pardonnerez de n’avoir pas compris ni retrouvé son nom sur la Toile, mais il est certain qu’il se termine par ‘is’ ou ‘os’. Bref, on se croirait à l’Eurovision.

Viennent les deux premiers moments forts de l’album qui sera joué (‘pour la dernière fois’, dixit le tourneur) dans son intégralité et dans l’ordre. Résonnent alors ‘Revolution calling’ et ‘Operation: Mindcrime’. Les fans des premiers rangs se soulèvent. On jurerait en avoir même vu un léviter. Juste devant nous, un quadragénaire (le veinard) chante mot pour mot toutes les paroles de toutes les chansons. Le jour où Tate se paie une laryngite, ce gars peut le remplacer au pied levé. Les classiques (‘Spreading the disease’, ‘Suite Sister Mary’, ‘The needle lies’) sont passée en revue avec une belle fraîcheur et une théâtralité bon teint. Tate, couvert d’un Stetson noir, se donne à 100%, sourit, virevolte, chambre ses musiciens dans une belle complicité. L’heure vient de s’attaquer aux deux morceaux phares de cet opéra rock: ‘I don’t believe in love’ et, au final, ‘Eyes of a stranger’. Ovation.

Après une brève pause, le chanteur revient, demande si ‘nous en avons assez’. Négatif. S’ensuit alors ce qui ressemble à un best-of: ‘Empire’ s’avère, comme toujours, gigantesque de précision, de puissance et de pertinence. Critique de la violence urbaine, de la délinquance (‘son meilleur ami est une AK-47’), de la course à l’armement et à la futile conquête de l’espace, le titre n’a malheureusement rien perdu de son actualité, même 35 ans plus tard.

‘Walk in the shadows’, ‘Jet City woman’ et ‘Take hold of the flame’ nous replongent dans une nostalgie accueillie. Puis vient le moment d’introduire ‘Silent lucidity’, le titre le plus connu et le plus floydien du répertoire du Rÿche: ‘Partout où je vais, on me parle de cette chanson. À l’épicérie, on m’interpelle pour demander si je suis bien celui qui chante cette chanson. Sur cette chanson, des gens se sont mariés, d’autres ont été enterrés. Et bien sûr de nombreux bébés ont été conçus. Deux des miens l’ont été comme ça’. Rire coquin avant d’entonner ‘Queen of the reich’.

Que reste-t-il, près de quatre décennies plus tard, des faits dénoncés par Queensrÿche sur ‘Operation:Mindcrime’, thriller-opéra sur fond de corruption politique, de manipulation de masse et de capitalisme effréné? Dans son pays davantage que partout ailleurs, ces aspects de nos sociétés occidentales sont encore tristement présents. Veillons à ne pas perdre notre esprit critique. Ce soir, Geoff Tate était là pour nous le rappeler.

Texte : Pascal Vuille

Photos : Stéphane Bée (AceBee Pics)

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