Dôme de chaleur sur la région bâloise, l’une des plus chaudes de Suisse. La barre des 35 degrés est largement dépassée, le taux d’humidité avoisine celui de la jungle birmane, des nuages de plus en plus sombres et menaçants forment une chape au-dessus de la Z7. Mais il en faudrait plus pour impressionner ou décourager la horde de métalleux qui s’avance vers le temple suisse du rock en procession. Ce soir les amplis vont cracher à plein pot pour le plus grand plaisir des fans à l’occasion de la prestation tant attendue de Savatage précédé par Nevermore.
C’est donc Nevermore, le groupe de thrash – prog – power – heavy metal originaire de Seattle qui allume la mèche. Après un hiatus d’une dizaine d’années, Nevermore a repris du service sous l’impulsion de ses deux plus anciens musiciens – Jeff Loomis (guitare, chœurs) et Van Williams (batterie). Trois nouveaux artistes les ont rejoints, dont l’étonnant et talentueux Berzan Önen, chanteur à l’impressionnante tessiture s’apparentant parfois au chant monophonique tibétain. Le quintette fait ses premières expériences sur scène avec ce nouveau line-up et a même brûlé les planches du Wacken quelques jours avant Pratteln et va sévir au Bloodstock le second week-end d’août.
Planquez vos porcelaines, accrochez vos lustres, le thrash metal de Nevermore envoie et la sono de la Z7 est sur Volume 11 (!) pour l’occasion, cela va sans dire. 5 albums seront représentés dans la setlist, dont « Dead Heart in a Dead World » (2000, Century Media – 5 titres) et « This Godless Endeavour » (2005, Century Media – 4 titres). Les soli de Loomis sont étourdissants, le chant d’Önen séduisant, mais l’ensemble paraît tout de même assez répétitif. Beaucoup d’énergie mais pas beaucoup d’âme. Meilleurs titres du set et sans doute les plus populaires, ‘This Godless Endeavour’ aux échos de Queensrÿche et ‘Believe in Nothing’ qui rappelle les premiers titres de Dream Theater.
Savatage était bien la pièce maîtresse de la soirée, on ne pouvait pas s’y tromper avec la flopée de t-shirts à l’effigie du groupe. Les Floridiens avaient réalisé une tournée européenne triomphale l’an dernier après des décennies d’absence de notre continent et nous reviennent à l’occasion du « Prelude to Madness European Tour 2026 ». Il faut dire que le groupe a vécu des heures douloureuses avec divers décès, changements de line-up et plus récemment un état de santé qui se dégrade irrémédiablement pour Jon Oliva, l’un des membres fondateurs de Savatage.
La setlist est très représentative de la production du groupe, pas moins de dix albums y étant représentés. A relever la qualité du son – pas évident en plein air et avec les conditions météorologiques du jour – et les excellentes animations accompagnant les chansons en background. Toujours aussi irrésistibles à la six-cordes, Al Pitrelli et Chris Caffery nous emportent avec leurs soli aériens tandis que Zachary Stevens assure comme jamais au chant dans un registre à la Bruce Dickinson.
La musique de Savatage est riche et variée. Sur fond de heavy metal, les compositions empruntent des chemins progressifs ou d’opéra (« The Wake of Magellan »). Cette diversité de styles musicaux a d’ailleurs permis au groupe de jouer en live avec un orchestre classique dans l’amphithéâtre de Pompéi cet été, la performance ayant été captée pour le plus grand bonheur des fans.
Nos coups de cœur iront à l’accrocheur ‘Jesus Saves’, à l’épique ‘The Wake of Magellan’, au très beau ‘Handful of Rain’, ‘Strange Wings’ fleurant bon la fin des 80’s, l’élégant et progressif ‘Follow Me’, l’épique et monumental ‘The Hourglass’. Peu avant la fin du set, un poignant hommage aux frères Oliva (Criss, tragiquement décédé en 1993 et Jon, très atteint dans sa santé et ne pouvant pas tourner avec ses confrères) avec ‘Believe’, une vidéo avec Jon débutant la chanson au piano et au chant avant que le groupe ne la reprenne à l’unisson… Waow ! un ange (ou deux) passe et donne les frissons à tous les fans.
Que dire de la dernière ligne droite avec des classiques qui mettent en transe le public : ‘Gutter Ballet’ – l’un des hymnes de Savatage, ‘Edge of Thorns’ et en rappel, ‘Hall of the Mountain King’ (hommage à Rainbow période Dio et son ‘Man on the Silver Mountain’ ?…). Près de deux heures de pur bonheur que l’on n’aura pas vu passer à l’occasion de l’un des meilleurs concerts de cette année à n’en pas douter.
Texte : Jean-Blaise ‘jb’ Betrisey
Photos : Gilles Simon