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ROBBIE WILLIAMS – Retour triomphal dans son pays d’accueil

Compte-rendu du concert


S’il existait un prix pour le meilleur entertainer, Robbie Williams serait à l’évidence un des favoris. Et ce ne sont pas les 12’000 personnes présentes ce samedi 12 septembre 2026 dans l’enceinte de la Vaudoise Arena qui diront le contraire. L’Anglais est tout simplement une bête de scène, soucieux avant tout que son public passe une bonne soirée. Si vous ajoutez à cela une belle dose d’autodérision si British et une capacité à se montrer touchant, vous vous retrouvez avec un artiste tout simplement irrésistible.

Après deux concerts à Zurich, Robbie Williams donnait un troisième et dernier concert dans son pays d’accueil, à la Vaudoise Aréna de Lausanne. Un concert événement qui affichait, lui aussi, sold out des mois à l’avance. Cela faisait pratiquement 20 ans que Robbie Williams n’était plus venu jouer en salle en Suisse romande. Autant dire qu’il était attendu de pied ferme !

Le rôle de chauffer la salle avant son arrivée était confié à The Lottery Winners. Comme quoi, lorsqu’on choisit le nom de son groupe, il ne faut pas hésiter à provoquer le destin : on peut en effet dire que la formation de Manchester a véritablement tiré le gros lot en décrochant la première partie de la tournée de Robbie Williams.

Portée par Thom Rylance, chanteur et guitariste charismatique, la formation britannique aurait pu se sentir intimidée à l’idée d’aborder une si grande scène. Mais le groupe, qui fête ses 18 ans d’existence, a passé la majeure partie de sa carrière à écumer le circuit des clubs. Les musiciens possédaient donc toute l’expérience et le métier nécessaires pour aborder sereinement cette entame de soirée — un exercice pourtant jamais facile lorsqu’il s’agit d’ouvrir pour une star aussi attendue.

La majeure partie du public n’avait probablement jamais entendu parler de The Lottery Winners avant ce soir. Il a pu découvrir un groupe chaleureux qui apportait une vraie bouffée de fraîcheur avec une musique variée, rythmée et joyeuse, mais surtout, une interaction permanente avec le public.

Le set de The Lottery Winners semblait construit quasi exclusivement autour du concert à suivre de Robbie Williams. Jamais un groupe de première partie n’avait autant commenté le fait de jouer avant la tête d’affiche. Dès le deuxième morceau, Thom s’est amusé à chanter les premières notes d’Angels, mais pas trop fort, de peur que Robbie n’entende et ne se fâche (« I know he is watching”) ! Évidemment, après seulement quelques strophes, le public a repris le refrain à tue-tête, poussant Thom à lâcher un retentissant « Fuck it, we might as well sing it ! » avant d’envoyer la sauce. Test réussi, le public est totalement prêt et la salle déjà surchauffée.

Chaque pause entre les chansons est un prétexte à des blagues, notamment au sujet de leur propre tournée en tête d’affiche prévue l’année prochaine, avec une date aux Docks de Lausanne le 30 octobre 2027.  Lorsque Thom demande à la foule qui a déjà pris sa place, il s’amuse à annoncer que pourtant seulement cinq billets ont été vendus à ce jour… avant de recompter (en français s’il vous plait)  jusqu’à 30 les milliers de mains levées. Mais ne vous y trompez pas : si vous avez aimé leur prestation ce soir, dépêchez-vous de réserver. Il s’en est vendu bien plus que trente, et après un tel show, les dernières places risquent de s’arracher très rapidement.

Cela ne fait pas l’ombre d’un doute et Thom le reconnaîtra lui-même sans difficulté, les membres de The Lottery Winners vivent tout simplement leur meilleure vie en assurant cette première partie de Robbie Williams, qui leur permet de faire découvrir leur répertoire à une audience beaucoup plus large. Les quatre musiciens sont terriblement à l’aise et nous font passer un chouette moment porté par des titres comme Favourite Flavour ou l’entraînant Steady We Go.

En un peu moins de 45 minutes de set et même pas dix titres interprétés, la formation mancunienne a également calé une seconde reprise : le classique Can’t Take My Eyes Off You de Frankie Valli avec une bonne partie a cappella confiée à la salle, avant que les musiciens ne la terminent sur un tempo deux fois plus élevé. Un final au rythme un peu étrange, mais qui n’a en rien entaché cette très belle prestation conclue sous un tonnerre d’applaudissements.

Avant de s’éclipser, le frontman nous a glissé qu’il rejoindrait Robbie Williams plus tard dans la soirée, nous invitant à l’acclamer le moment venu afin d’étonner et agacer Robbie (spoiler alert : une consigne exécutée au pied de la lettre par l’ensemble de la Vaudoise Arena).

Pour ceux qui n’avaient pas compris que la soirée était consacrée à Robbie Williams, après les multiples commentaires de The Lottery Winners, la sono se joint à l’effort en  diffusant plusieurs titres de Robbie, notamment All My Life et Bite Your Tongue.

21h, le spectacle tant attendu peut commencer. Robbie Williams débarque sur scène entouré d’un groupe au complet, d’une poignée de choristes, d’un écran géant en fond de scène et d’un promontoire pour s’approcher au plus près de son public. Ça démarre fort avec Let Me Entertain You pour lequel toute la salle est debout. Entre deux refrains, il se présente : lui, c’est Robbie fucking Williams ! dans un « magnifique » survêtement rouge (récupéré dans le vestiaire du LHC ?) assorti d’un gros collier en métal. l’idée est bien évidemment de rendre hommage aux années 90, cette époque qui l’a vu s’extraire de Take That pour lancer une carrière solo tout simplement phénoménale.

La tournée s’intitule Britpop, du nom de son dernier album studio. Malgré cela, on n’aura droit qu’à deux extraits de ce disque soir, à commencer avec Rocket, un morceau qui ne ressemble en rien à la Britpop des années 90. On pourrait logiquement imaginer qu’un artiste voulant rendre hommage à cette période bien particulière du rock anglais invite, par exemple, le guitariste de Blur ou de Pulp. Mais non : Robbie Williams, lui, a choisi d’inviter sur la version studio Tony Iommi, père fondateur du heavy metal et guitariste emblématique de Black Sabbath. Le titre est donc forcément ultra pêchu ! Puisque l’on parle guitare, ce soir on ne peut s’empêcher de remarquer que Robbie est accompagné par trois guitaristes et un bassiste sur scène — une configuration surmusclée par rapport à la plupart de ses morceaux.

Avant d’enchaîner avec un nouveau tube », Rock DJ, on a droit à un véritable one-man-show placé sous le signe de l’humour. Il y évoque notamment ses liens avec la Suisse, clamant tout son attachement au chocolat et à l’ordre. Il évoque aussi du fait d’être père de quatre enfants nés de la même union. Il semble lui-même le premier surpris !

​Le concert se poursuit avec deux titres : Love My Life, un brin dégoulinant, suivi de Pretty Face, le second extrait de Britpop joué ce soir, qu’il dédicace à la plus belle femme présente dans la salle : son épouse. Là aussi, c’est mielleux, preuve en est que la frontière entre un tube et de la soupe est parfois tenue.

​Concert en Suisse oblige, nous avons droit à une multitude d’anecdotes sur notre pays. Il raconte notamment avoir écrit Supreme à Zermatt au début des années 2000, alors qu’il était sur les pistes de ski. Là aussi, un énorme tube qui ravit le public, d’autant que le passage emprunté à I Will Survive est mis en évidence de manière très marquée. Robbie aurait pu chanter la version en français, mais comme tout bon anglais installé en Suisse depuis plusieurs années, il ne parle pas french.

​C’est totalement hors sujet par rapport au thème de la tournée, mais Robbie fait comme il veut : ce soir, il a envie de nous jouer une reprise de New York, New York. Comme c’est chouette d’être seul maître à bord.

​Robbie invite ensuite Thom de The Lottery Winners à le rejoindre sur scène avec sa guitare. Contre toute attente (hum…), ce dernier est ovationné de manière très prononcée, au grand étonnement de Robbie qui nous lâchera un « I don’t like that ». Les deux musiciens enchaînent ensuite les extraits de chansons des années 90, avec notamment une tentative de réattribuer ‘Relight My Fire’ à Robbie Williams, après que ce dernier ait raconté sa frustration de n’avoir pas été le chanteur principal sur ce titre de  Take That. 

Le show reprend ensuite avec un Robbie toujours très proche de son public, comme pourra en témoigner la fan qui a eu la chance de le voir chanter Something Beautiful main dans la main dans la fosse.

​Après Millennium, vient le moment où Robbie décide de présenter tout son groupe, mais à la manière de Robbie Williams. Chaque musicien lance les premières notes d’un énorme tube avec son instrument, puis tout le groupe le rejoint pour un extrait. Cela nous permet d’entendre Man! I Feel Like a Woman! de Shania Twain, I Love Rock ‘n’ Roll de Joan Jett, Another One Bites the Dust de Queen, mais aussi What’s Love Got to Do with It de Tina Turner, You Can Leave Your Hat On de Joe Cocker et le mythique Y.M.C.A. des Village People. Et pour finir la présentation de la manière la plus classe qui soit, les musiciens nous gratifient encore de quelques lignes de Bohemian Rhapsody de Queen et de Hey Jude des Beatles. Absolument aucun titre estampillé Britpop dans le lot, mais peu importe : le public ne se fait pas prier pour participer au maximum sur ces extraits incontournables de notre patrimoine musical commun. C’est très sympa, mais en même temps, on a aussi l’impression d’être avec un animateur de camping, surdoué certes, mais quand même.  

​La fin du concert alterne entre grands moments et  passages un peu plus faibles. Avant de lancer Come Undone, Robbie descend dans la fosse tester les connaissances des premiers rangs quant aux paroles de la chanson, ce qui donne un résultat assez amusant. Il offre ensuite une magnifique interprétation de ce tube sorti au début des années 2000. En revanche, pour Kids, ça tombe un peu à plat malgré le clin d’œil à Lenny Kravitz dans l’intro.  

​Décidément très proche de son public, il redescend à nouveau dans la fosse pour trouver la personne à qui il chantera She’s the One les yeux dans les yeux. Il jette son dévolu sur une femme au premier rang qui, après concertation avec lui, déclare s’appeler Alison Heidi et venir de … Suisse, ce qui déclenche des rires dans toute la salle.

​Avant de sortir de scène, Robbie prend quelques minutes pour nous parler de son père, comédien et chanteur comme lui, qui l’a beaucoup soutenu. Il lui dédie My Way, jouée avec beaucoup d’émotion. ​Alors que les nombreuses photos de famille continuent de défiler sur l’écran géant, Robbie nous quitte à 22h40 en lâchant un « Thank you, good night ».

​Pas besoin d’avoir vécu beaucoup de concerts pour savoir qu’il va revenir. Le temps de changer le costume fuchsia qui avait succédé à son training rouge pour enfiler un t-shirt « Robbie » parodiant le logo d’Oasis — et nous jouer Feel, le premier des deux titres du rappel. Ce morceau sera suivi par l’inévitable Angels, devant une foule baignée dans la lumière des téléphones portables, qui chantera à pleins poumons cet hymne incontournable des années 90.  

​Après un peu moins de deux heures de concert, Robbie Williams nous quitte définitivement. Le tout sous les acclamations d’un public venu de loin pour le voir, à en croire les différents dialectes suisses allemands entendus dans les couloirs menant vers la sortie.

​Un concert ultra généreux d’un artiste qui, mine de rien, enfile les tubes depuis des décennies. Malgré le succès, il reste ce gars qu’on a tous envie d’avoir dans notre bande d’amis : drôle, sans prise de tête et profondément humain.  

​Si l’on a eu droit à l’ensemble des hits de Robbie Williams, quelques petits moments creux auraient toutefois pu être remplacés par d’autres morceaux de Britpop, comme les excellents All My Life et It’s OK Until the Drugs Stop Working.

​Cela dit, il ne doit pas y avoir une seule personne dans le public qui ne soit ressortie de la Vaudoise Aréna sans être pleinement satisfaite de cette soirée, et c’est amplement mérité : confier les clés de la salle à Robbie Williams, c’est l’assurance d’assister à un grand spectacle et de s’amuser.

​On espère maintenant qu’il ne nous fera pas attendre autant avant de revenir nous voir. Après tout, la Suisse, c’est un peu sa deuxième patrie et il ferait bien de s’en rappeler lorsqu’il préparera sa prochaine tournée.

Texte et photo :  Alex Pradervand

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