Septième album studio de Cat Power, « The Greatest » (Matador, 20006) est un jalon dans la carrière de l’artiste, probablement son album le plus connu. Plus apaisé que les précédents, il recèle des pépites folk-rock et bluesy, des balades oscillant entre spleen, douceur et espoir. Enregistré à Memphis, dans le Sud où Chan Marshall (aka Cat Power) a ses racines, il dégage une ambiance agréable et chaleureuse. Il n’est que justice que l’artiste étasunienne se lance dans une grande tournée anniversaire pour les 20 ans de cet opus.
Pas de première partie pour ce concert tant attendu. Les places de cette unique date suisse se sont arrachées en quelques petits jours et la foule massée devant les portes des Docks attend patiemment sous la pluie. Des fans de la première heure mais aussi un public jeune à majorité féminine compose l’assistance et occupe les premiers rangs. La scène est épurée, uniquement occupée par les instruments des musiciens et un pupitre à côté des micros de Cat Power. Pour cette tournée, la chanteuse est entourée d’artistes confirmés : le très bon Henry Munson à la guitare, Erik Paparozzi aux claviers, Adeline Jasso à la basse et Ben Lecourt à la batterie.
Un petit quart d’heure (vaudois) après l’heure prévue et après qu’un roadie ait apporté une tisane sur le pupitre de la chanteuse, le groupe fait son apparition sur la scène quasiment plongée dans l’obscurité. Les premiers accords du très beau titre éponyme (‘The Greatest’) résonnent et Cat Power prend place sous les acclamations des fans. Les douze titres seront interprétés dans l’ordre de l’album, seule petite pirouette avec ‘Unhate’ qui remplace ‘Hate’. A savoir que ‘Unhate’ est une cover de la chanson originale que la chanteuse a enregistrée quelques années plus tard, utilisant le passé, comme pour signifier avoir vaincu ses vieux démons. Très beau titre au demeurant et un peu plus rock, sonnant comme du Joan As Police Woman. Beaucoup de plaisir avec ‘The Moon’ qui lorgnerait du côté du Velvet Underground et l’entêtant ‘Love and Communication’.
Il y a toutefois comme un bémol dans ce concert. L’attitude de Cat Power sur scène interpelle : paraissant avoir un problème technique avec ses deux micros, elle se déplace plusieurs fois sur le côté de la scène pour donner des consignes au technicien, semblant à chaque fois insatisfaite. Ces interventions sèment un peu la confusion et empêchent d’entrer vraiment dans l’ambiance. En milieu de concert, après l’interprétation de l’intégrale de « The Greatest », elle indique que le groupe fait un petit break de deux ou trois minutes et quitte la scène, laissant ses musiciens meubler avec une improvisation instrumentale insignifiante. On connaît la sensibilité de l’artiste et parfois sa fragilité émotionnelle si bien que l’on craint le pire, celle-ci ayant parfois abrégé des concerts de manière abrupte par le passé.
Heureusement, il n’en est rien et la deuxième partie commence en beauté avec ‘I Don’t Blame You’ et ‘Good Woman’. Moment précieux et intimiste pour l’artiste comme le public avec la reprise personnalisée de ‘Nothing Compares 2 U’ de Prince puis le nostalgique ‘I’ll Be Seeing You’ (Sammy Fain). Après que les musiciens aient tiré leur révérence, Cat Power revient pour une courte chanson a capella ‘I Can’t Give You Anything but Love, Baby’ immortalisée par Billie Holiday, les yeux mouillés d’émotion dans les yeux des fans.
Texte et photo : Jean-Blaise ‘jb’ Betrisey