À bientôt 67 ans, celui que l’on surnomme «Crabby» sait ce qu’il veut. Et surtout ce qu’il ne veut plus: le moment n’est pas venu de perdre son temps, de ressasser le passé ni de se perdre en conjectures. Celui dont la vie ressemble davantage à un tour sur un grand huit qu’à un long fleuve tranquille (il n’y a qu’à lire son autobiographie, «Horseshoes and hand grenades», pour s’en convaincre) aurait le droit d’être mélancolique, voire amer. Personne n’a oublié l’inélégance avec laquelle l’«Équïpe Hétéroclïte» l’a traité malgré un album de haute cuvée (un grand Crüe) paré d’or qui a squatté le Top10 au pays de Clinton. Mais c’est mal connaître le bonhomme. Sous son air bohème se dissimule une indéniable capacité à rebondir. Au sein d’Union avec son acolyte Bruce Kulick (un autre mal traité) d’abord, puis en faisant une pige chez ESP ou en gouaillant pour Ratt ensuite, avant d’embarquer pour l’aventure Dead Daisies il y a dix ans.
À l’aube de la septantaine, Crabby cherche à vivre le moment présent. Rien de nouveau. Depuis la sortie du best-seller «Le pouvoir du moment présent» d’Eckhart Tolle en 1997, plus personne n’ignore que l’un des secrets pour être heureux.se pourrait bien résider dans notre capacité de vivre «ici et maintenant». Même le rock se fait parfois l’écho de cette vision de la vie: les Rival Sons sur «Good things» et «Nobody wants to die» ou encore Ghost sur «Pro Memoria».
Pour l’apôtre John, vivre le moment présent signifie en 2026 tourner avec quelques amis. C’est ainsi qu’il sera épaulé de Marti Frederiksen (qui a écrit pour ou produit Aerosmith, Mick Jagger, Ozzy, Scorpions, Def Leppard et Sheryl Crow pour ne citer que la pointe de l’iceberg), Troy Lucketta (Tesla), Michael Devin (Whitesnake), Paul Taylor (Winger, Steve Perry) et Jeremy Asbrock (Ace Frehley). Pour avoir guigné sur la setlist de cette tournée, nous pouvons dire qu’elle couvre toute l’honorable carrière de cet attachant troubadour du rock. Ne pas assister à ce moment rock est impensable pour tout fan du Crüe, des Dead Daisies, du hard rock des nineties et des amateurs de belles vocalises. Ne serait-ce que pour entendre sa voix éraillée sur «Hard luck woman» de Kiss et «Who’ll stop the rain» de Creedence Clearwater Revival.
Texte : Pascal Vuille